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Adolescents interpellés à La Réunion : des familles sans réponses
Océanie

Adolescents interpellés à La Réunion : des familles sans réponses

À La Réunion, les avocats s'organisent pour défendre les mineurs arrêtés

Vendredi dernier, 26 mineurs ont été interpellés aux abords des établissements scolaires de La Réunion. Ce lundi 5 octobre, ils étaient encore 15. Depuis la fin de la semaine dernière, les débordements observés en marge des manifestations lycéennes conduisent régulièrement des adolescents devant la police et la gendarmerie, laissant leurs familles face à une question simple et angoissante : que devient un jeune une fois appréhendé ?

C’est à cette question que le bâtonnier du barreau de Saint-Pierre, Frédéric Hoarau, a choisi de répondre ce lundi midi, sur le plateau du JT de Réunion La 1ère. Son premier message s’adresse aux jeunes concernés et à leurs proches : la présomption d’innocence demeure. “Je rappelle qu’ils sont présumés innocents. On les accuse d’un certain nombre de faits, mais ils ne sont pas forcément démontrés”, souligne-t-il. Concrètement, les jeunes mis en cause recevront une convocation pour passer en jugement, et un juge devra se prononcer sur la réalité des faits, afin de déterminer s’ils ont ou non commis des infractions. Pour ceux déjà connus de la justice, un défèrement immédiat devant le juge des enfants est possible, ce magistrat pouvant ordonner différentes mesures, comme un placement en centre éducatif fermé.

Certains mineurs ont d’ores et déjà été placés sous contrôle judiciaire, une possibilité ouverte dès l’âge de 16 ans, rappelle le bâtonnier. Et c’est précisément ce qui l’inquiète. “Dans le contrôle judiciaire, vous avez des interdictions de manifester. Donc il y a quand même des atteintes à certaines libertés qui sont importantes, et qui posent question dans ce genre de manifestations”, alerte-t-il.

L’autre sujet de préoccupation se joue à Paris. Le projet de loi dit “casseurs-payeurs”, dont l’examen au Sénat a été avancé à ce mois-ci en raison de la mobilisation lycéenne, prévoit de faire réparer les dégâts par toute personne appartenant à un groupe ayant commis des dégradations, même sans prouver qu’elle en est l’auteur. “C’est un peu inquiétant, ce discours de généralisation disant qu’on va faire payer à différentes personnes”, juge Frédéric Hoarau. L’avocat formule deux réserves : la responsabilité doit d’abord être établie par un jugement, et “la justice est personnelle et qu’on ne peut pas la généraliser”, en faisant payer un individu présent dans un groupe mais qui n’aurait lui-même rien cassé. “Je rappelle simplement au gouvernement qu’il y a une justice qui est indépendante, avec des magistrats qui prennent des décisions de manière indépendante et au cas par cas”, insiste le bâtonnier.

Face à ces interpellations en série, les avocats du barreau de Saint-Pierre se sont organisés dès vendredi dernier pour prendre en charge les mineurs et leur apporter une assistance adéquate. Les nouvelles interpellations de ce lundi devraient encore alourdir leur charge de travail. “Il faut qu’on soit en nombre suffisant pour pouvoir répondre aux demandes, parce que l’assistance d’un avocat est obligatoire dans ce genre de procédures”, rappelle Frédéric Hoarau. Et de préciser : “Aujourd’hui, on s’est encore réunis pour améliorer notre système et notre apport aux procédures parce qu’encore une fois, il s’agit de mineurs. Il faut faire très attention parce que ce sont des personnes qui sont plus fragiles, qui nécessitent une écoute plus particulière et une réponse judiciaire adaptée.”

Cette mobilisation s’inscrit dans une préparation plus large. Vendredi encore, le barreau organisait un atelier destiné à anticiper de prochains changements législatifs : dès le début de l’année prochaine, la présence d’un avocat deviendra obligatoire dans les procédures d’assistance éducative, qui concernent des enfants placés en famille d’accueil ou en foyer, ou suivis dans leur famille sur décision d’un juge. Une Commission civile de permanence des mineurs a ainsi été créée avant même l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. “Le barreau de Saint-Pierre entend ainsi prendre toute sa place dans la protection de l’enfance et contribuer activement à la défense des mineurs à La Réunion. Un droit spécifique pour respecter la parole des enfants, leur fragilité et leur vulnérabilité. Cette démarche s’inscrit dans une volonté claire : anticiper les besoins, préparer les avocats et garantir à chaque enfant l’accès effectif à une défense de qualité”, affirme le bâtonnier. Le détail de son intervention est par ailleurs accessible via la référence suivante : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/mobilisation-lyceenne-a-la-reunion-le-barreau-de-saint-pierre-s-organise-pour-defendre-les-mineurs-interpelles-1744992.html

Questions-réponses

Combien de mineurs ont été interpellés et quand ?

26 mineurs ont été interpellés vendredi dernier aux abords des établissements scolaires de La Réunion, et 15 autres ce lundi 5 octobre, en marge des manifestations lycéennes.

Que se passe-t-il pour un jeune une fois appréhendé ?

Il reçoit une convocation pour passer en jugement, et un juge devra se prononcer sur la réalité des faits. Pour ceux déjà connus de la justice, un défèrement immédiat devant le juge des enfants est possible, avec des mesures comme un placement en centre éducatif fermé.

Pourquoi le bâtonnier s'inquiète-t-il du contrôle judiciaire ?

Parce qu'il comporte des interdictions de manifester, ce qui constitue selon lui des atteintes importantes à certaines libertés dans le contexte de ces manifestations.

Comment le barreau de Saint-Pierre s'est-il organisé ?

Les avocats se sont réunis dès vendredi pour prendre en charge les mineurs et améliorer leur système d'assistance, obligatoire dans ces procédures. Une Commission civile de permanence des mineurs a aussi été créée avant l'entrée en vigueur de la loi rendant l'avocat obligatoire en assistance éducative dès le début de l'année prochaine.