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Pétrole : le Golfe tente de rassurer des marchés inquiets
Argent & Affaires

Pétrole : le Golfe tente de rassurer des marchés inquiets

Production et exportations en redressement, mais la confiance des marchés reste fragile

Les compagnies nationales du Golfe et les autorités de médiation ont cherché, mardi, à démontrer leur maîtrise de la situation pétrolière, alors que les marchés clôturent une séance dominée par la question de la fiabilité des approvisionnements régionaux. Le baril de Brent de la mer du Nord, échéance décembre, a gagné 0,26% pour finir à 100,58 dollars, tandis que le West Texas Intermediate américain, livré en novembre, est resté quasiment inchangé, en hausse de 0,01% à 89,44 dollars.

Le rétablissement partiel des flux constitue le fait marquant de la journée. Selon les données de Kpler, la production et les expéditions de brut du Koweït, de l’Irak et de l’Arabie saoudite reviennent vers leurs niveaux antérieurs au conflit, et les chargements de produits raffinés recommencent à augmenter. Cette détente sur les volumes n’a toutefois pas entraîné de recul marqué des cours. Les opérateurs continuent d’intégrer des risques pesant sur les infrastructures, les routes maritimes et les capacités de raffinage régionales, signe que la confiance dans la stabilité des chaînes d’approvisionnement reste à reconstruire.

C’est dans ce contexte que les dirigeants des compagnies pétrolières nationales ont pris la parole publiquement. À Londres, lors de l’Energy Intelligence Forum, le président-directeur général d’Aramco, Amin Nasser, a insisté lundi sur la « résilience » du groupe saoudien. Selon son intervention, le marché mondial est entré dans la crise avec près de 10 milliards de barils de stocks pétroliers, un coussin mobilisé pour amortir les perturbations d’offre.

Le patron de Kuwait Petroleum Company, Cheikh Nawaf Saud al-Sabah, a de son côté rendu compte de la situation koweïtienne. Le pays produit désormais « un peu plus de 2 millions de barils par jour aujourd’hui », a-t-il indiqué. Ce niveau demeure inférieur aux quelque 2,6 millions de barils par jour atteints avant la guerre, mais il marque un redressement après la période de blocage des exportations. Le Koweït a figuré parmi les producteurs du Golfe les plus pénalisés par la fermeture du détroit d’Ormuz. Le dirigeant a expliqué que la production avait été ramenée au niveau de la demande intérieure « parce que nous étions incapables d’exporter quoi que ce soit pendant la première phase de cette guerre ».

La reprise des chargements demeure néanmoins fragile, les violences se poursuivant dans la région. Les Houthis du Yémen ont affirmé lundi avoir visé une raffinerie d’Aramco, en réponse au soutien aérien apporté par l’Arabie saoudite à la contre-offensive des forces gouvernementales yéménites contre ces combattants pro-iraniens. Cette revendication illustre la persistance d’une prime de risque sur les flux régionaux, malgré les progrès constatés sur les volumes exportés.

Sur le plan diplomatique, le Qatar, médiateur dans le dossier, a indiqué mardi que les discussions entre Washington et Téhéran se poursuivaient afin de tenter de débloquer la situation après plus de sept mois de conflit. David Morrison a toutefois estimé que « les signes d’un rapprochement » entre les deux parties « en vue d’un accord de paix restent très limités ». Ce constat tempère les espoirs d’une sortie de crise rapide et maintient l’incertitude sur les trajectoires d’approvisionnement.

Les analystes d’Eurasia Group partagent cette prudence. Ils anticipent que « les risques persistants de perturbations et d’une nouvelle escalade maintiendront les prix du pétrole brut et des produits pétroliers à un niveau élevé en 2026 ». Autrement dit, le rétablissement partiel des flux dans le Golfe, bien que réel, ne suffit pas à dissiper les inquiétudes des acteurs du marché.

Au total, la séance illustre un équilibre délicat : d’un côté, des compagnies nationales qui mettent en avant leur capacité à restaurer la production et les exportations ; de l’autre, un conflit prolongé, des attaques revendiquées contre des installations et des négociations diplomatiques sans percée visible, qui maintiennent les cours à des niveaux élevés. La question de la durabilité de ce rétablissement reste ouverte.

Questions-réponses

Quel est l'état de la production koweïtienne ?

Le Koweït produit désormais un peu plus de 2 millions de barils par jour, selon le dirigeant de Kuwait Petroleum Company, un niveau encore inférieur aux quelque 2,6 millions de barils par jour d'avant-guerre, après un blocage total des exportations pendant la première phase du conflit.

Quels signaux rassurants les compagnies nationales ont-elles mis en avant ?

À l'Energy Intelligence Forum de Londres, le PDG d'Aramco, Amin Nasser, a insisté sur la résilience du groupe saoudien, rappelant que le marché mondial est entré dans la crise avec près de 10 milliards de barils de stocks pétroliers mobilisés pour amortir les perturbations d'offre.

Pourquoi les cours restent-ils élevés malgré la reprise des flux ?

Les opérateurs intègrent des risques pesant sur les infrastructures, les routes maritimes et les capacités de raffinage régionales, tandis que les Houthis ont revendiqué une attaque contre une raffinerie d'Aramco et que les négociations diplomatiques n'ont pas de percée visible.

Où en sont les discussions diplomatiques ?

Le Qatar, médiateur dans le dossier, a indiqué mardi que les discussions entre Washington et Téhéran se poursuivaient après plus de sept mois de conflit, mais David Morrison estime que les signes d'un rapprochement en vue d'un accord de paix restent très limités.