Crise des carburants : l'exécutif sous pression, mesures jugées faibles
Stocks stratégiques mobilisés, mais un soulagement attendu en novembre
Gouvernement face à la crise des carburants : des mesures jugées insuffisantes alors que les automobilistes restreignent leurs déplacements
Mercredi, l’exécutif a annoncé la mise à disposition de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques de l’Etat, face à la flambée des prix des carburants. Objectif affiché : faire baisser le prix du litre à la pompe de 12 à 18 centimes. Mais cette intervention publique ne produira ses effets qu’à partir de novembre. Ce décalage laisse les automobilistes les plus exposés sans soulagement immédiat.
En attendant, les chiffres mesurent l’ampleur de l’ajustement privé. Mi-septembre, la consommation de carburant dans le pays enregistrait une baisse de 30% par rapport au début du mois. Vendredi 9 octobre, le gazole s’établissait en moyenne à 2,35 euros le litre.
Des dispositifs d’aide aux contours contestés
Le gouvernement a par ailleurs prolongé les dispositifs d’aide destinés aux grands rouleurs et à certaines catégories sectorielles. Ces mécanismes excluent toutefois les personnes sans emploi ainsi que les retraités, une lacune que soulignent les témoignages recueillis par franceinfo. L’aide de 100 euros destinée aux grands rouleurs a, elle, été élargie fin septembre, après une première phase où certains ménages en avaient été exclus de justesse.
C’est dans ce cadre institutionnel, entre mesures nationales et critères d’éligibilité stricts, que se déploient les stratégies individuelles d’économie de carburant.
“Je compte tout”
Sébastien, 55 ans, allocataire du RSA vivant en zone rurale en Vendée, résume : “Je faisais déjà attention à ne pas trop rouler avant la crise. A présent, je compte tout.” Lui et sa compagne se limitent aux déplacements essentiels dans leur département. “On ne part pas en vacances, on n’a pas de loisirs. Nous n’habitons qu’à 10 kilomètres de la plage, mais nous ne pouvons plus y aller.” Le couple est parvenu à tenir sans reprendre d’essence durant tout le mois de juillet. “Je ne fais plus rien, je vis un nouveau confinement, mais un confinement long”, confie-t-il.
Demandeur d’emploi après avoir quitté son poste de professeur agrégé, Sébastien voit aussi ses démarches professionnelles entravées. Un entretien d’embauche à une quarantaine de kilomètres l’a récemment fait hésiter. Les rendez-vous obligatoires instaurés par France Travail posent le même problème : “Je dois faire une quinzaine de kilomètres pour m’y rendre et la visio n’est pas acceptée.” Sa commune offre peu de transports en commun. “Quand on a aussi peu de revenus, c’est tout de suite énorme”, insiste-t-il. Les nouvelles hausses de prix depuis septembre sont perçues comme l’aggravation d’une situation qu’il dit “subir silencieusement” depuis sept mois.
Regrouper, compresser, renoncer
Corinne, 54 ans, enseignante dans le Tarn-et-Garonne avec un salaire d’environ 3 000 euros net par mois, effectue 70 kilomètres aller-retour pour rejoindre le collège où elle exerce, un coût alourdi par un crédit immobilier. Eloignée des commerces et des transports en commun, elle “regroupe [ses] déplacements pour limiter les frais” : coiffeur, courses, pharmacie et médecin le même jour. Elle a renoncé à se réinscrire au club de danses de salon, situé à 30 minutes de voiture, adopté une conduite “plus fluide” et regroupé ses heures de cours sur quatre jours au lieu de cinq. “En un mois, j’ai économisé une semaine de carburant”, chiffre-t-elle.
Dans l’hôtellerie-restauration, Nicolas, 45 ans, voit la direction de son établissement limiter les horaires en “coupure”, une organisation qui obligeait jusque-là les employés à rentrer chez eux entre les deux services. Malgré cet aménagement, ce Vauclusien rémunéré 2 200 euros net par mois consacre près de 350 euros mensuels au carburant. Ses dépenses alimentaires sont “tenues au cordeau” depuis mars, et il privilégie désormais les points de collecte aux supermarchés pour éviter la tentation des promotions.
Eva, 52 ans, fonctionnaire d’Etat, dépense 300 euros par mois de carburant avec son mari pour deux voitures, avec des salaires de 1 500 et 3 000 euros net qui les placent hors des dispositifs d’aide. La famille s’est séparée de sa caravane dès mai, a remplacé sa Citroën Berlingo par un modèle plus petit et s’est équipée d’un scooter. “La part du carburant empiète sur d’autres parties du budget, puisque les salaires ne sont pas extensibles”, déplore-t-elle. Leur séjour prévu avec des amis dans les Bouches-du-Rhône a été annulé.
Isolement et contestation
Pierre-Louis, 26 ans, assistant RH en Ille-et-Vilaine rémunéré entre 1 500 et 1 800 euros net, voit sa famille en Sarthe une fois tous les deux ou trois mois, contre une à deux fois par mois auparavant. Eligible à l’aide de 100 euros depuis l’élargissement de fin septembre, il se dit “un peu en colère”. Alors que les appels à la mobilisation se multiplient et qu’une résurgence du mouvement des gilets jaunes plane sur la contestation, il envisage de rejoindre les cortèges. “Avec un bébé qui arrive dans quelques mois, c’est d’autant plus important”, conclut-il.
Questions-réponses
Quelle mesure l'exécutif a-t-il annoncée face à la flambée des prix des carburants ?
Mercredi, le gouvernement a annoncé la mise à disposition de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques de l'Etat, avec pour objectif affiché de faire baisser le prix du litre à la pompe de 12 à 18 centimes.
Quand les effets de cette intervention publique se feront-ils sentir ?
Les effets ne se produiront qu'à partir de novembre, un décalage qui laisse les automobilistes les plus exposés sans soulagement immédiat.
Qui sont les exclus des dispositifs d'aide prolongés par le gouvernement ?
Les dispositifs d'aide, destinés aux grands rouleurs et à certaines catégories sectorielles, excluent les personnes sans emploi ainsi que les retraités, une lacune soulignée par des témoignages recueillis par franceinfo.
Quelle est l'évolution de la consommation et des prix du carburant ?
Mi-septembre, la consommation de carburant dans le pays enregistrait une baisse de 30% par rapport au début du mois, et le vendredi 9 octobre le gazole s'établissait en moyenne à 2,35 euros le litre.