Madagascar : le colonel Randrianirina face à l'échéance de 2026
Transition malgache : un an pour préparer des scrutins décisifs
Madagascar : à un an de la fin de la transition, la tentation présidentielle du colonel Randrianirina
Le compte à rebours est lancé. Dans un an, des élections devront mettre un terme à la transition que préside le colonel Michaël Randrianirina, et c’est à lui qu’il reviendra d’en organiser le déroulement. Une interrogation structure désormais le débat politique malgache : celui-là même qui doit garantir la tenue des scrutins pourrait bien décider d’y prendre part. La perspective, encore non officialisée, suffit à redessiner les équilibres issus de la chute d’Andry Rajoelina, survenue un an plus tôt, et à déplacer les regards vers l’homme qui a recueilli la succession institutionnelle.
Pour mesurer la distance parcourue, il faut revenir au point de départ. Le 25 septembre 2025 démarraient à Madagascar les premières manifestations portées par la Gen Z, une mobilisation née dans la rue et venue rapidement défier le pouvoir en place. Pendant trois semaines, la contestation s’est maintenue face à une répression violente, jusqu’au départ précipité du président Andry Rajoelina, le 12 octobre de cette même année. En l’espace de quelques semaines, un président était parti, et un nouveau cadre de gouvernance s’était mis en place.
Le basculement s’est opéré en quelques heures à peine. Après le départ de Rajoelina, un Conseil présidentiel constitué de cinq officiers prenait la relève, sous la présidence du colonel Michaël Randrianirina. Un an plus tard, cet officier demeure au centre du dispositif : il préside la transition et en incarne désormais l’échéance, puisqu’il lui appartient de conduire le pays jusqu’aux scrutins qui en marqueront la sortie.
Au rythme imposé par les événements, tout est allé vite. Trois semaines ont suffi pour faire partir un président, quelques heures pour installer un conseil de cinq officiers. Depuis, le temps redevient celui des institutions, avec une année entière pour préparer des scrutins censés transformer une transition en compétition électorale ouverte.
Cette position confère au colonel un rôle singulier, presque paradoxal. Organisateur des scrutins, président du Conseil en place, candidat potentiel : les casquettes peuvent se cumuler, et c’est précisément là que se loge la tentation présidentielle. Car rien n’exclut, au fond, que celui qui tiendra le calendrier électoral choisisse de s’y soumettre lui-même. La perspective transforme alors la nature de l’exercice : une transition présidée par un homme qui pourrait se trouver à la fois l’arbitre du scrutin et l’un de ses acteurs éventuels.
En face, les initiateurs de la séquence ont, eux, perdu la main. Fragilisée par ses divisions internes, la Gen Z se trouve aujourd’hui marginalisée d’un processus qu’elle avait pourtant contribué à faire advenir. Un an après les premières mobilisations de septembre 2025, le mouvement n’apparaît plus comme le centre de gravité du jeu politique malgache : la scène est désormais occupée par ceux qui ont pris la relève du pouvoir.
Reste l’essentiel : le calendrier. La transition doit s’achever dans un an, avec l’organisation de scrutins dont la configuration reste, à ce stade, entièrement à dessiner. Pour un pays qui a vu son président partir en quelques heures, la tenue du vote dans les délais annoncés constituerait, en soi, un signal de prévisibilité institutionnelle, un élément que tout opérateur économique et tout investisseur scrutant la Grande Île placera au premier rang de ses critères. Restera ensuite à savoir comment le colonel Michaël Randrianirina arbitrera entre son rôle d’organisateur et ses ambitions éventuelles : c’est de ce choix que dépendra la couleur de la sortie de transition malgache.
Questions-réponses
Qui préside actuellement la transition à Madagascar ?
Le colonel Michaël Randrianirina, à la tête d'un Conseil présidentiel constitué de cinq officiers installé après le départ d'Andry Rajoelina.
Quand les élections devant mettre fin à la transition devront-elles se tenir ?
Dans un an, selon le calendrier de la transition, mais leur configuration reste entièrement à dessiner.
Comment le pouvoir a-t-il changé de mains en octobre 2025 ?
Après trois semaines de manifestations Gen Z et une répression violente, Andry Rajoelina est parti le 12 octobre 2025, et un Conseil de cinq officiers a pris la relève en quelques heures.
Pourquoi la position du colonel Randrianirina est-elle paradoxale ?
Parce qu'il est à la fois l'organisateur des scrutins, le président du Conseil en place et un candidat potentiel, pouvant se trouver arbitre et acteur du même scrutin.