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Thaïlande : l'État règle 60% du déjeuner des ménages
Politique & Gouvernance

Thaïlande : l'État règle 60% du déjeuner des ménages

Un co-paiement allège la note du midi pour 26 millions de Thaïlandais

En Thaïlande, le gouvernement paie l’addition

Pour des millions de Thaïlandais, la note du déjeuner s’est allégée depuis quelques mois. L’État règle désormais 60 % de l’addition chez les commerçants participants, ne laissant au client que 40 % à sa charge. Ce programme de « co-paiement », lancé par le gouvernement conservateur élu en mars, vise à soulager le porte-monnaie des ménages confrontés à la hausse des prix. Il concerne 26 millions de personnes, soit près des deux tiers de la population active.

Le principe est simple : partager la facture avec l’État. Plus d’un million de commerces participent déjà à l’opération, restaurants, commerces de proximité et vendeurs de rue compris, ce qui représente la grande majorité des commerces éligibles. Pour les clients comme pour les vendeurs, tout passe par une application reliée à un porte-monnaie électronique, un outil d’usage très courant en Thaïlande.

Le montant de l’aide reste modeste. De juin à septembre, elle était plafonnée à 1 000 bahts par mois, soit 26 euros, alors que le salaire moyen en Thaïlande est de 420 euros par mois. Entre octobre et novembre, la même somme de 26 euros couvre les deux mois. Cela paraît peu. Cela permet tout de même de payer une quinzaine de déjeuners dans un restaurant de rue, par exemple.

Sont éligibles tous les Thaïlandais majeurs, à une exception près : les 13 millions de personnes les plus défavorisées inscrites à l’aide sociale, qui reçoivent déjà une allocation mensuelle d’une vingtaine d’euros.

Ce soutien intervient dans un contexte économique tendu. La Thaïlande, comme de nombreux pays, n’échappe pas à la hausse des prix, sur fond de crise dans le détroit d’Ormuz. En un an, les carburants ont bondi de 20,7 % de septembre à septembre, et l’énergie en général de 8,6 % d’août à août. L’inflation devrait s’établir à 1,8 % en moyenne en 2026. Dans un pays déjà fragilisé par la pandémie de covid, où les ménages sont très endettés, la mesure entend donc répondre à une pression bien réelle sur le quotidien.

L’addition pour l’État s’annonce lourde : 137 milliards de bahts sur toute la période, soit 3,6 milliards d’euros, l’équivalent de 3,6 % du budget de l’État. Le ministre des finances thaïlandais a pourtant mis un point d’honneur à ne pas recourir à un nouvel emprunt pour financer cette aide. En mai, pour faire face à la crise énergétique, le gouvernement avait emprunté 400 milliards de bahts (12 milliards d’euros) sur les marchés financiers nationaux via un décret d’urgence. C’est dans cette enveloppe qu’il va piocher, car il reste des fonds non alloués.

La question de la dette revient régulièrement dans la presse thaïlandaise. Le pays s’est fixé un seuil de discipline budgétaire à 70 % de son PIB et s’en rapproche de plus en plus : le taux atteint actuellement 67 %, loin des 41 % d’avant covid. La charge de la dette représente aujourd’hui autour de 6 % du budget annuel, un niveau jugé conforme aux recommandations du FMI.

À court terme, la mesure offre un répit aux ménages, reconnaissent plusieurs économistes. Elle reste toutefois insuffisante pour stimuler l’économie. Ce n’est d’ailleurs pas une première : sur les six dernières années, sept programmes similaires ont vu le jour. D’après le ministère des finances, cette aide doit au final rapporter 0,4 point de croissance cette année.

Le gouvernement assure miser, à long terme, sur l’intelligence artificielle, le tourisme et la transition énergétique. La croissance est prévue autour de 2,5 % cette année, soit tout de même 2 points en dessous de la moyenne régionale. Plusieurs analystes pointent des politiques économiques trop changeantes et floues, qui peinent à corriger des fragilités structurelles, notamment le manque de productivité ou la faible demande intérieure.

L’opposition, elle, dénonce une subvention populiste. Un reproche qui tombe alors que le gouvernement conservateur, réélu en février, a vu sa popularité chuter à 13,8 % le mois dernier. Les ménages thaïlandais, eux, sauront-ils encore compter sur l’État pour régler l’addition l’année prochaine ?

Par Anne-Laure Chouin

Questions-réponses

Comment fonctionne le programme de co-paiement du déjeuner en Thaïlande ?

L'État règle 60 % de l'addition chez les commerçants participants et laisse 40 % à la charge du client, via une application reliée à un porte-monnaie électronique.

Qui est éligible à cette aide ?

Tous les Thaïlandais majeurs, soit 26 millions de personnes, à l'exception des 13 millions de personnes les plus défavorisées inscrites à l'aide sociale, qui reçoivent déjà une allocation mensuelle d'une vingtaine d'euros.

Quel est le montant de l'aide ?

Elle était plafonnée à 1 000 bahts par mois (26 euros) de juin à septembre ; entre octobre et novembre, la même somme de 26 euros couvre les deux mois.

Combien coûte la mesure à l'État et comment est-elle financée ?

137 milliards de bahts (3,6 milliards d'euros), soit 3,6 % du budget de l'État, financé par prélèvement sur les fonds non alloués d'un emprunt de 400 milliards de bahts contracté en mai, sans nouvel emprunt.