Madagascar : trois dossiers de corruption suspendus, quel prix pour les citoyens?
Justice suspendue, reddition de comptes incertaine après la chute du pouvoir
La disparition de 36 kilos d’or dans un coffre du ministère des Mines, des soupçons de corruption dans des marchés destinés aux écoles, la gestion du Fonds souverain malgache : trois dossiers majeurs de corruption impliquant d’anciens dirigeants viennent d’être suspendus par un tribunal provisoire. Pour les citoyens malgaches, l’enjeu dépasse largement les personnes concernées. Il s’agit de savoir qui devra répondre de la gestion des deniers publics.
Le Pôle anti-corruption a saisi la Haute Cour constitutionnelle pour trancher une question de compétence : ses pouvoirs lui permettent-ils de juger l’ancien président Andry Rajoelina ? Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large, celui de la mise en place des cadres légaux de la reddition de comptes après la chute du pouvoir.
Les textes prévoient qu’un tribunal spécial, la Haute Cour de justice, puisse juger les anciens chefs de l’exécutif. Mais son activation dépend d’une accusation formelle votée par les députés. Or, pour l’heure, aucune mise en accusation de ce type n’a été votée contre Andry Rajoelina pour corruption. Le Pôle anti-corruption dénonce des blocages réels, affirmant que l’Assemblée nationale a entravé plusieurs dossiers en cours ces dernières années.
Un précédent existe toutefois. En mars, la Haute Cour constitutionnelle avait confirmé qu’un ancien ministre pouvait être jugé par le Pôle anti-corruption. La situation reste en revanche incertaine pour les figures les plus hautes de l’ancien régime, à savoir l’ex-président Andry Rajoelina et l’ex-Premier ministre Christian Ntsay.
Ces deux anciens chefs de l’exécutif sont en fuite depuis le 12 octobre 2025. Leur départ fait suite à un mois de contestations portées par la jeunesse malgache, connue sous le nom de GenZ. Andry Rajoelina, dont la nationalité malgache a été révoquée, réside désormais en exil à Dubaï, aux Émirats arabes unis.
Le bilan de ces événements reste lourd pour la population. Selon l’Organisation des Nations Unies, les affrontements liés aux manifestations ont causé au moins 22 morts et blessé plus d’une centaine de personnes.
Parmi les figures de l’ancien régime, une seule condamnation sévère a été prononcée à ce jour. L’ex-président du Sénat, Richard Ravalomanana, a écopé de dix ans de travaux forcés pour son rôle dans la répression des manifestations de septembre et octobre 2025.
De son côté, l’ancien homme d’affaires Mamy Ravatomanga, proche de l’ex-président, est également en exil. Les autorités mauriciennes l’ont appréhendé en octobre 2025, et sa demande de libération provisoire a été rejetée une nouvelle fois le 12 octobre dernier, le maintenant sous la juridiction de la justice mauricienne.
La question qui demeure, pour les Malgaches comme pour leurs institutions, est de savoir si la justice finira par s’appliquer pleinement aux plus hautes figures de l’ancien pouvoir, ou si les blocages dénoncés par le Pôle anti-corruption laisseront ces dossiers en suspens.
Questions-réponses
Quels sont les trois dossiers de corruption suspendus par le tribunal provisoire ?
La disparition de 36 kilos d'or dans un coffre du ministère des Mines, des soupçons de corruption dans des marchés destinés aux écoles et la gestion du Fonds souverain malgache.
Quels blocages le Pôle anti-corruption dénonce-t-il ?
Le Pôle anti-corruption dénonce des blocages réels et affirme que l'Assemblée nationale a entravé plusieurs dossiers en cours ces dernières années.
Depuis quand Andry Rajoelina et Christian Ntsay sont-ils en fuite, et pourquoi ?
Depuis le 12 octobre 2025, à la suite d'un mois de contestations portées par la jeunesse malgache, connue sous le nom de GenZ.
Quelle condamnation a été prononcée contre Richard Ravalomanana ?
L'ex-président du Sénat, condamné à dix ans de travaux forcés pour son rôle dans la répression des manifestations de septembre et octobre 2025.