Kroll épingle Air Mauritius : des centaines de millions en jeu, la justice saisie
Un audit financier révèle des irrégularités majeures dans des contrats d'acquisition et de location d'aéronefs chez Air Mauritius.
Trois catégories d’opérations portant sur des acquisitions et des cessions d’aéronefs, des montants se comptant en dizaines ou centaines de millions de dollars, et un rapport d’audit qui débouche désormais sur des poursuites : tel est le dossier que le cabinet Kroll vient de remettre aux nouveaux responsables d’Air Mauritius.
Les transactions ciblées couvrent des périodes et des typologies distinctes. Kroll a concentré son examen sur la vente de cinq appareils réalisée durant la période d’administration volontaire de 2020-2021, soit deux Airbus A340-300, deux Airbus A319-100 et un Airbus A330-200. À ces cessions s’ajoutent la location de deux Airbus A330-200 conclue en 2022, ainsi que la commande d’un Airbus A350-900 supplémentaire passée en 2023. Ces trois catégories forment le coeur de ce que les experts du cabinet ont jugé problématique dans la conduite financière de la compagnie nationale mauricienne.
L’enjeu patrimonial est considérable. Les achats et les locations de gros-porteurs mobilisent, par nature, des sommes massives, selon les termes mêmes du communiqué des nouveaux responsables d’Air Mauritius. C’est précisément cette ampleur qui rend indispensable l’intervention des autorités compétentes pour établir si ces opérations ont respecté les normes en vigueur.
Le conseil d’administration s’est réuni le lundi 29 juin 2026 pour arrêter les suites à donner. Dans un communiqué cité par Défimedia, les administrateurs indiquent avoir examiné le rapport “avec le plus grand sérieux” et se déclarent déterminés à prendre “toutes les mesures nécessaires et appropriées pour protéger les intérêts de la compagnie”. La logique retenue est à la fois répressive et réparatrice.
Dans un premier temps, les éléments jugés problématiques seront transmis à la Financial Crimes Commission, l’organe mauricien compétent en matière de criminalité financière. La direction envisage en parallèle d’engager des recours civils contre d’anciens responsables, ainsi que des procédures disciplinaires contre des employés dont la conduite est mise en cause. Cette double voie, pénale et civile, traduit la volonté des nouveaux gestionnaires de récupérer d’éventuels préjudices subis par la compagnie tout en sanctionnant les personnes impliquées.
La question de la transparence s’invite par ailleurs dans le débat public. Selon Le Mauricien, de nombreux citoyens s’interrogent sur l’absence de publication du rapport Kroll et l’inexistence d’un débat parlementaire sur une entreprise qu’ils considèrent d’intérêt public. Cette pression, relayée par la presse locale, ajoute une dimension de gouvernance à un dossier qui reste, dans ses ressorts fondamentaux, une affaire de flux financiers, de contrats d’acquisition et de responsabilité managériale au sein d’un opérateur aérien national.
L’Express de Maurice et Défimedia, sources des principaux éléments de cette affaire, rappellent que seule la justice mauricienne est habilitée à déterminer si les opérations passées sous revue ont respecté les règles applicables. La Financial Crimes Commission, désormais saisie, devra décider si ces transactions appellent des suites pénales ou si les recours civils engagés par la direction suffiront à rétablir les comptes de la compagnie.
Questions-réponses
Quelles transactions ont été jugées problématiques par le cabinet Kroll dans son audit d'Air Mauritius ?
Kroll a ciblé trois catégories : la vente de cinq appareils (deux Airbus A340-300, deux Airbus A319-100 et un Airbus A330-200) durant l'administration volontaire de 2020-2021, la location de deux Airbus A330-200 conclue en 2022, et la commande d'un Airbus A350-900 supplémentaire passée en 2023.
Quelles mesures le conseil d'administration d'Air Mauritius a-t-il décidé de prendre à la suite du rapport Kroll ?
Réuni le 29 juin 2026, le conseil a décidé de transmettre les éléments problématiques à la Financial Crimes Commission, d'engager des recours civils contre d'anciens responsables et d'initier des procédures disciplinaires contre des employés dont la conduite est mise en cause.
Quel est l'enjeu financier mis en avant dans cette affaire ?
Les achats et locations de gros-porteurs mobilisent, par nature, des sommes massives se comptant en dizaines ou centaines de millions de dollars, selon les termes mêmes du communiqué des nouveaux responsables d'Air Mauritius.
Quel rôle joue la Financial Crimes Commission dans ce dossier ?
La Financial Crimes Commission, organe mauricien compétent en matière de criminalité financière, a été saisie par la direction d'Air Mauritius. Elle devra déterminer si les transactions auditées appellent des suites pénales ou si les recours civils engagés suffiront à rétablir les comptes de la compagnie.