El Niño : les institutions face au défi climatique mondial
Mesure scientifique, prévention de terrain et financements face à El Niño.
El Niño : France Culture consacre ce lundi 12 octobre une journée spéciale à la mesure scientifique et à la réponse institutionnelle face à un phénomène climatique mondial
La rédaction de France Culture consacre ce lundi 12 octobre une journée spéciale au phénomène El Niño, articulant enquêtes de terrain et éclairages scientifiques autour d’un enjeu qui interpelle directement les institutions de recherche et les organisations humanitaires. Le dispositif éditorial, déployé à l’antenne et sur l’application Radio France à travers les rendez-vous d’information habituels, pose deux questions de gouvernance : les organismes scientifiques sont-ils capables de mesurer l’ampleur du phénomène, et les acteurs publics comme non gouvernementaux peuvent-ils en anticiper les conséquences ?
Né dans le Pacifique central, El Niño modifie les régimes de pluie et de température. Selon les régions, il peut favoriser sécheresses, inondations et incendies, et menacer les récoltes. Les questions posées par la rédaction sont explicites : comment mesurer l’ampleur du phénomène, comment les populations s’adaptent-elles, et que révèlent les recherches sur l’évolution du climat ?
La journée s’ouvre sur l’examen des instruments de la connaissance scientifique. À 6h46, dans Les Chantiers de la recherche, Margot Delpierre s’entretient avec Juliette Mignot, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et directrice adjointe du laboratoire LOCEAN (Sorbonne Université/CNRS), sur la manière dont les scientifiques parviennent à quantifier le phénomène. À 7h18, Guillaume Erner aborde, dans Les Enjeux internationaux, la dimension géopolitique d’El Niño avec Jean-Michel Valantin, docteur en études stratégiques, chercheur en géopolitique à The Red Team Analysis Society et auteur de l’ouvrage El Niño. Histoire et géopolitique d’une bombe climatique (Nouveau monde éditions, 2023).
À 7h10, Le Reportage de la rédaction conduit Cécile de Kervasdoué à Brest, dans un laboratoire de recherche, pour comprendre les risques liés à l’affaiblissement de l’AMOC, un système majeur de courants océaniques. Cet éclairage complète l’analyse des évolutions possibles du climat et de leurs conséquences.
Trois reportages documentent ensuite les effets du phénomène sur les populations et le rôle des organisations qui les accompagnent. En Tanzanie, à Morogoro, Élodie Goulesque suit les ONG qui accompagnent les populations à risque grâce à un important travail de prévention. En Colombie, à Medellín, Najet Benrabaa se rend dans un quartier soumis à des restrictions d’eau, où la sécheresse menace aussi l’agriculture. En Indonésie, sur l’île de Bornéo, Léo Roussel enquête sur les incendies favorisés par les conditions climatiques.
Le volet le plus préoccupant concerne la Somalie. Dans le Journal de 18h, Omar Ouahmane rend compte de la situation à Baidoa, dans le sud-ouest du pays, au sein d’un camp accueillant des personnes déplacées. Quelque 26 000 d’entre elles pourraient basculer dans la famine d’ici la fin de l’année. Le reportage met en cause deux facteurs structurels : de nouvelles inondations associées au phénomène El Niño et le manque de financements humanitaires, qui font craindre une aggravation de la crise alimentaire. Ce dernier point soulève la question de la mobilisation des bailleurs et de l’adéquation des moyens alloués aux besoins, au moment où les effets du phénomène se font sentir bien au-delà du Pacifique, de la Tanzanie à la Colombie et de l’Indonésie à la Somalie.
Au total, cette journée spéciale met en évidence une chaîne de responsabilité à plusieurs niveaux. Les organismes de recherche comme l’IRD et le laboratoire LOCEAN fournissent la mesure et la compréhension du phénomène ; les ONG assurent sur le terrain la prévention et l’accompagnement des populations exposées ; les financeurs humanitaires, eux, sont implicitement interpellés par l’insuffisance des ressources constatée en Somalie. En croisant ces regards, France Culture propose une lecture systémique d’un bouleversement climatique dont la gestion engage autant les institutions scientifiques que les politiques publiques et l’aide internationale. Reste à savoir si cette mise en récit radiophonique suffira à éclairer les décideurs, alors que la fin de l’année s’annonce décisive pour les populations les plus exposées.
Questions-réponses
Quelle journée spéciale France Culture consacre-t-elle au phénomène El Niño ?
Le lundi 12 octobre, avec des émissions, des reportages de terrain et des éclairages scientifiques diffusés à l'antenne et sur l'application Radio France.
Quelles institutions scientifiques sont mobilisées pour mesurer le phénomène ?
L'Institut de recherche pour le développement (IRD), via Juliette Mignot, et le laboratoire LOCEAN (Sorbonne Université/CNRS), ainsi qu'un laboratoire de recherche à Brest travaillant sur l'affaiblissement de l'AMOC.
Quels effets d'El Niño sont documentés sur le terrain ?
En Tanzanie (Morogoro), des ONG mènent un travail de prévention auprès des populations à risque ; en Colombie (Medellín), un quartier subit des restrictions d'eau et l'agriculture est menacée ; en Indonésie (Bornéo), des incendies sont favorisés par les conditions climatiques ; en Somalie (Baidoa), inondations et manque de financements humanitaires font craindre une aggravation de la crise alimentaire.
Quelle question de responsabilité soulève la situation en Somalie ?
L'insuffisance des ressources humanitaires interpelle la mobilisation des bailleurs et l'adéquation des moyens alloués aux besoins, alors que 26 000 personnes déplacées pourraient basculer dans la famine d'ici la fin de l'année.