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LFI veut refondre la police : le défi institutionnel
Crime & Société

LFI veut refondre la police : le défi institutionnel

Réformer la police “de la cave au grenier” : le programme sécuritaire de LFI mis à l’épreuve des institutions

À quelques mois de l’échéance présidentielle de 2027, la question du contrôle et de la réforme des forces de l’ordre s’invite dans le débat institutionnel. La France insoumise (LFI) a présenté devant la commission des lois de l’Assemblée nationale les grandes lignes de son projet sécurité, promettant une refonte en profondeur d’un appareil policier que son chef de file, Jean-Luc Mélenchon, n’hésite pas à critiquer frontalement. Ce positionnement nourrit une hostilité réciproque entre le parti de gauche radicale et une partie des policiers, dont certains redoutent son arrivée au pouvoir.

C’est devant la commission des lois, début octobre, à propos de la gestion du mouvement lycéen, que le député LFI Antoine Léaument a détaillé ce programme. “Un ministre de l’Intérieur Insoumis n’attendra pas que des enfants soient mutilés pour retirer les armements dangereux de maintien de l’ordre”, a-t-il assuré, en référence notamment au lycéen à la main arrachée par une grenade policière le 5 octobre à Lens. Il a promis l’interdiction des lanceurs de balles de défense (LBD) et des “grenades mutilantes”, ainsi que la dissolution de la Brigade de répression de l’action violente motorisée (Brav-M).

Surtout, le député a annoncé une refonte complète du dispositif de contrôle interne : la police serait “refondée de la cave au grenier pour lutter contre le racisme, le sexisme et l’homophobie”, avec le remplacement de l’IGPN, la “police des polices”, par “une structure réellement indépendante”. Une proposition qui touche directement à l’architecture de surveillance des forces de l’ordre et qui suscite, côté syndicalistes, de vives réserves.

Ces annonces s’inscrivent dans une rhétorique récurrente du parti. Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle, a de nouveau dénoncé début octobre, lors d’une conférence à l’école de commerce HEC, “l’insupportable violence policière”. Il a expliqué pourquoi il avait “dit un jour +la police tue+”, alors qu’il croyait à “la police, la justice” : “Je ne crois pas à des gens qui abattent quelqu’un d’autre parce qu’il refuse d’obtempérer”. En plein mouvement lycéen, marqué par des interventions policières au cours desquelles des jeunes ont été blessés, parfois gravement, il avait affirmé que “cette troupe n’est plus tenue, elle n’en fait qu’à sa tête et dans sa tête il y a des idées pourries, racistes”.

Dimanche, au lendemain d’une mobilisation sociale qui a viré au chaos, il a minoré sur LCI les violences commises sur les forces de l’ordre, évoquant “les risques du métier”. Interrogé sur le slogan “ACAB” (tous les flics sont des bâtards), il a répondu : “ça dépend des jours et des heures”.

Du côté des représentants des policiers, le programme est jugé sévèrement. “Des mesurettes technopolitiques”, balaie un commissaire en police judiciaire, pour qui le projet sécuritaire insoumis est “assez creux, c’est beaucoup d’affichage”. Selon lui, la Brav-M est pour LFI “une espèce de pantin symbolique”, destinée à devenir une “réincarnation des voltigeurs”, unité motorisée supprimée après la mort de Malik Oussekine en 1986. Il regrette l’absence de réflexion sur “l’intérêt tactique du maintien de l’ordre”.

Yoann Maras, délégué national du syndicat Alliance, estime que le discours anti-flic “crée un climat de tension systématique” et que “LFI a réussi à mettre cette petite musique dans la tête des jeunes, que la police, c’est l’ennemie, que l’ordre c’est l’ennemi”. Il dénonce “du clientélisme électoral” et juge que les élus insoumis “ne connaissent pas nos missions ni ce que l’on fait”. Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat Un1té, abonde : “Je ne peux pas imaginer que des personnes sérieuses mettent en application ce genre de programme.”

La question de la mise en oeuvre effective d’une telle réforme en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon demeure ouverte. Les deux syndicalistes rappellent que “les policiers sont républicains” et ont travaillé avec des gouvernements de droite comme de gauche. Mais Yoann Maras prévient : si un ministre de l’Intérieur Insoumis “veut enclencher une réforme, il aura face à lui des syndicats de policiers qui défendront le métier de policier”. “Entre un discours avec des ambitions électorales et l’exercice de la réalité du pouvoir, ce sera peut-être compliqué de réformer la police de la cave au grenier”, résume-t-il.

Le commissaire interrogé met en garde contre les conséquences d’un durcissement du contrôle interne : “Si on a une IGPN plus rude (…), si à chaque fois qu’on intervient, on encourt des sanctions, on ne fera plus rien”, estime-t-il, jugeant que “la police est très largement sanctionnée par rapport aux autres fonctions publiques”. Et d’ajouter : “si LFI prend des mesures à l’emporte-pièce sur les moyens, la sécurité, au premier drame, ils vont être rattrapés.”

Linda Kebbab, elle, redoute une polarisation accrue : “La société est tellement polarisée que certains candidats, s’ils deviennent président, l’un ou l’autre, ça génèrera une situation d’insurrection dans la population. Et là, Mélenchon sera bien content d’avoir sa police et (…) qu’elle soit armée.” Cet échange d’accusations illustre l’ampleur du fossé entre le projet de refonte institutionnelle porté par LFI et ceux qui auront, le cas échéant, à l’appliquer. Reste à savoir si une telle réforme de l’organe de contrôle pourrait réellement aboutir face aux syndicats déterminés à la contester.

Questions-réponses

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