Deux compagnies relancent le corridor aérien Madagascar-Comores, gelé par un litige douani
Deux transporteurs régionaux se disputent un corridor océan Indien longtemps bloqué par un contentieux douanier sur l'or.
Reprise des liaisons aériennes Madagascar-Comores : deux compagnies relancent un marché gelé depuis cinq ans
Quarante-neuf virgule cinq kilogrammes d’or saisis par les douanes comoriennes en 2021 : c’est ce différend financier précis qui avait paralysé pendant cinq ans un corridor aérien entre Madagascar et les Comores, privant les deux transporteurs régionaux d’un flux de revenus et forçant les passagers vers des connexions détournées. La restitution effective de ce chargement a directement débloqué la situation, selon Madagascar-Tribune, ouvrant la voie à une reprise commerciale concrète officialisée par l’atterrissage d’un ATR 72-500 de Madagascar Airlines à Moroni, un peu avant midi.
Deux opérateurs se repositionnent désormais sur ce marché en parallèle. Madagascar Airlines exploitera deux fréquences hebdomadaires, le jeudi et le samedi, sur l’axe Antananarivo-Moroni, avec escale à Mahajanga. Simultanément, Royal Air, compagnie privée comorienne, ouvre à compter du vendredi 31 juillet 2026 une ligne vers Mahajanga, programmée elle aussi à raison de deux rotations par semaine. Les deux acteurs se partagent ainsi un flux de trafic passager longtemps contraint de transiter par d’autres connexions, ce qui comprimait d’autant leur capacité à capter des revenus sur ce corridor.
La rentabilité de ces lignes régionales dépend étroitement de la stabilité des relations entre les deux États. Ce n’est pas anodin : la résolution du contentieux sur l’or a entraîné la signature d’accords de coopération bilatérale et des mesures facilitant les déplacements des détenteurs de passeports officiels, autant de conditions réglementaires favorables à la viabilité économique des opérateurs. La visite du président comorien Azali Assoumani lors de la fête nationale malgache a également contribué, selon la même source, à créer un climat propice à la relance des échanges commerciaux. Le réchauffement politique s’est donc traduit par un déblocage direct des conditions d’exploitation pour Madagascar Airlines et Royal Air.
La crise Covid avait été officiellement invoquée pour justifier la suspension des vols. En réalité, l’affaire de l’or saisi avait cristallisé le blocage bien au-delà de la pandémie. Cinq années de manque à gagner pour les deux transporteurs et pour les économies locales dépendantes de la mobilité régionale se referment avec le retour des appareils sur ce corridor.
Du côté malgache, cette ouverture s’inscrit dans une stratégie plus large de désenclavement aérien régional portée par le gouvernement de la Refondation. La ligne vers Moroni complète les dessertes existantes vers La Réunion, Mayotte et l’île Maurice, élargissant ainsi le réseau de Madagascar Airlines dans l’arc insulaire de l’océan Indien. La compagnie envisage par ailleurs de relancer ses vols vers Marseille via Moroni et vers Guangzhou, selon des informations publiées cette semaine. La réouverture du corridor comorien pourrait donc aussi servir de point d’appui à une stratégie de hub secondaire à Moroni pour les liaisons vers l’Europe et l’Asie, ce qui modifierait sensiblement la logique de rendement de la route.
Pour les investisseurs et opérateurs qui suivent le marché aérien de l’océan Indien, la normalisation de cette route constitue un signal positif sur la capacité des gouvernements de la zone à convertir un dégel diplomatique en opportunité commerciale tangible. La question qui reste ouverte est celle du remplissage : deux fois deux fréquences hebdomadaires sur un même corridor, avec deux compagnies en concurrence directe, suffiront-elles à rentabiliser des appareils dont les coûts d’exploitation ne s’accommodent pas d’avions à moitié vides ?
Questions-réponses
Quel événement précis a provoqué le gel du corridor aérien Madagascar-Comores pendant cinq ans ?
La saisie par les douanes comoriennes de 49,5 kg d'or en 2021 a cristallisé le blocage bien au-delà de la pandémie de Covid, privant les deux transporteurs de revenus sur ce corridor pendant cinq ans.
Quelles sont les conditions commerciales dans lesquelles Madagascar Airlines et Royal Air relancent leurs opérations ?
Madagascar Airlines exploite deux fréquences hebdomadaires (jeudi et samedi) sur l'axe Antananarivo-Moroni avec escale à Mahajanga, tandis que Royal Air, compagnie privée comorienne, ouvre à compter du 31 juillet 2026 une ligne vers Mahajanga à raison de deux rotations par semaine, plaçant les deux acteurs en concurrence directe.
Quel est le principal risque financier identifié pour les deux opérateurs sur ce corridor ?
Le principal risque est celui du taux de remplissage : quatre fréquences hebdomadaires cumulées assurées par deux compagnies en concurrence directe sur un même corridor pourraient ne pas suffire à rentabiliser des appareils dont les coûts d'exploitation ne s'accommodent pas d'avions à moitié vides.
En quoi la réouverture du corridor comorien s'inscrit-elle dans une stratégie commerciale plus large pour Madagascar Airlines ?
Madagascar Airlines envisage d'utiliser Moroni comme point d'appui pour un hub secondaire vers Marseille et Guangzhou, ce qui élargirait son réseau dans l'arc insulaire de l'océan Indien au-delà des dessertes existantes vers La Réunion, Mayotte et l'île Maurice.