Fifa : l'effondrement d'un véhicule d'investissement privé plonge Infantino dans la tourme
L'échec de la Fifa Forward Enterprise expose les fractures du modèle de financement du football mondial.
Fifa Forward Enterprise : l’échec d’un véhicule d’investissement privé précipite une crise de gouvernance à la tête du football mondial
Un projet de structure commerciale externe destinée à attirer des capitaux privés dans les revenus de la Fifa vient de s’effondrer en moins d’une semaine, entraînant avec lui la première crise institutionnelle majeure du mandat de Gianni Infantino. Mercredi, le président de l’instance mondiale s’est retrouvé à huis clos avec de hauts responsables de l’organisation au siège africain de la Fifa, installé dans le complexe Mohammed VI de Salé, près de Rabat.
L’enjeu financier était structurel. La Fifa Forward Enterprise, ou FFE, était conçue comme un véhicule autonome destiné à gérer les activités génératrices de revenus de l’institution, en premier lieu les droits liés aux Coupes du monde, l’un des portefeuilles de droits sportifs les plus lucratifs de la planète. Introduire des investisseurs privés dans cette chaîne de valeur aurait représenté une transformation profonde du modèle de distribution des revenus du football mondial, modifiant de fond en comble les rapports entre la Fifa, ses confédérations membres et les capitaux extérieurs.
Le projet a été présenté à la surprise générale le mardi précédent, après avoir été révélé par la presse. Il n’a pas survécu à la semaine.
Retiré dans la nuit du vendredi au samedi, sous la pression d’une opposition massive des acteurs du football, le montage a d’abord heurté de plein fouet l’UEFA, confédération européenne qui avait brandi la menace d’un boycott des Coupes du monde pour faire reculer Infantino. Après l’abandon du projet, l’UEFA a déclaré avoir “perdu confiance” en lui. La Concacaf, confédération nord-américaine et des Caraïbes, a réclamé une refonte complète de la gouvernance du président.
Ce sont les résistances à la recomposition du modèle économique, et non des querelles de procédure, qui ont fait tomber la FFE.
Les démissions internes ont amplifié le séisme. Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, a quitté ses fonctions vendredi en affirmant s’opposer “catégoriquement” au projet. Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial à la Fifa, a pris ses distances. Le secrétaire général Mattias Grafström a adressé une lettre aux salariés de l’instance, consultée par l’AFP, dans laquelle il déplorait “une série d’événements tristes et condamnables”, tout en se félicitant qu’ils aient “heureusement abouti à l’abandon permanent” du projet. La direction exécutive se fracture au moment précis où la crédibilité d’Infantino comme interlocuteur des investisseurs et des fédérations est en jeu.
La crise se double d’enjeux électoraux directs. Seul candidat déclaré à sa propre réélection lors du scrutin prévu en mars 2027, à Rabat, l’Italo-Suisse de 56 ans doit obtenir la majorité des suffrages des 211 fédérations membres pour décrocher ce qui serait un dernier mandat de quatre ans. Plusieurs d’entre elles, dont celles de la Finlande, du pays de Galles, de la Serbie et de la Suède, lui ont officiellement retiré leur soutien. Le capital politique qu’il lui faudra reconstituer avant 2027 est considérable.
Les pressions politiques s’ajoutent aux pressions institutionnelles. Le prince Ali ben Al Hussein, président de la Fédération jordanienne de football, a accusé mardi Infantino de “chantage”, affirmant s’être entendu dire, “oralement, pendant la Coupe du monde”, que soutenir Infantino “contribuerait grandement à aider” sa fédération. Par ailleurs, le New York Post a rapporté mardi qu’Infantino aurait cherché des appuis au sein de l’administration américaine, y compris auprès du président Donald Trump. Le compte officiel de la Fifa a démenti cette information, la qualifiant de “pure fiction”.
La réunion de Salé s’est tenue sans accréditation presse et aucun communiqué n’avait été diffusé au moment de la publication de ces informations. La présence d’Infantino au Maroc s’explique en partie par sa participation à la Fête du Trône la semaine précédente. Le royaume, qui doit coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, entretient un lien stratégique direct avec les grandes échéances commerciales que la Fifa cherchait précisément à monétiser via la FFE. Ce lien demeure, même si le véhicule financier conçu pour l’exploiter a disparu. La question qui s’ouvre désormais est de savoir sous quelle forme, et avec quels partenaires, la Fifa tentera de rouvrir l’accès aux capitaux privés que le projet Forward Enterprise n’a pas réussi à sécuriser.
Questions-réponses
Qu'était la Fifa Forward Enterprise et quel était son objectif financier?
La Fifa Forward Enterprise (FFE) était un véhicule autonome conçu pour gérer les activités génératrices de revenus de la Fifa, en premier lieu les droits liés aux Coupes du monde, afin d'introduire des investisseurs privés dans cette chaîne de valeur et transformer le modèle de distribution des revenus du football mondial.
Quelles confédérations ont mené l'opposition au projet et quelles mesures ont-elles brandies?
L'UEFA a menacé de boycotter les Coupes du monde pour faire reculer Infantino, puis a déclaré avoir perdu confiance en lui après l'abandon du projet. La Concacaf a réclamé une refonte complète de la gouvernance du président.
Quelles démissions internes ont amplifié la crise de gouvernance à la Fifa?
Carlos Cordeiro, conseiller principal d'Infantino, a démissionné vendredi en s'opposant catégoriquement au projet. Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial, a pris ses distances. Le secrétaire général Mattias Grafström a adressé une lettre aux salariés déplorant les événements tout en se félicitant de l'abandon permanent du projet.
Quel est l'enjeu commercial lié au Maroc dans ce dossier?
Le Maroc, coorganisateur de la Coupe du monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal, entretient un lien stratégique direct avec les grandes échéances commerciales que la Fifa cherchait à monétiser via la FFE. Ce lien demeure même si le véhicule financier conçu pour l'exploiter a disparu.