Beauvais-Tillé : 3 millions d'euros aux collectivités, Bellova défend la rentabilité de la
L'opérateur Bellova justifie la croissance du trafic par ses retombées financières pour les collectivités.
Près de 3 millions d’euros reversés chaque année aux collectivités locales, 5.500 emplois soutenus et un contrat de concession qui génère des redevances annuelles proches de 2 millions d’euros: c’est sur ces chiffres que Bellova, l’exploitant de l’aéroport de Beauvais-Tillé, construit son argumentaire à quelques jours d’une réunion publique sous haute tension.
La rencontre est programmée ce mardi 8 septembre à 18h30 dans la salle des fêtes de Tillé. Elle fait suite à un avis rendu fin août par l’autorité environnementale, une agence indépendante, relayé par Le Courrier picard. Cet avis pointe l’absence de mécanisme contraignant qui empêcherait l’aéroport de dépasser le plafond de 45.000 mouvements annuels, décollages et atterrissages confondus. Ce seuil avait été présenté aux élus locaux lors du changement de gestionnaire pour emporter leur vote en faveur du projet de Bellova.
La portée économique de ce plafond est au coeur du dossier. Anthony Martin, directeur de Bellova, avait lui-même déclaré dès sa prise de fonctions que 45.000 mouvements par an constitue le seuil de rentabilité de l’entreprise. En d’autres termes, ce chiffre n’a jamais représenté un plafond de gestion prudente: c’est un plancher en deçà duquel l’opérateur ne peut équilibrer ses comptes. Toute logique commerciale pousse donc Bellova à viser au-delà, ce que l’avis de l’autorité environnementale confirme désormais officiellement.
Ce n’est pas une surprise pour les associations de riverains, qui anticipaient ce glissement avant même le changement de délégation.
Face à cette pression, Bellova a mobilisé un “collectif d’acteurs socio-économiques du Beauvaisis”, constitué d’entreprises et d’associations locales ayant toutes un intérêt économique direct au développement de la plateforme. Parmi les signataires figurent des entreprises implantées au sein de l’aéroport lui-même et des enseignes dont l’activité est directement liée aux flux de passagers. La liste complète est consultable sur le site internet de Bellova. Le positionnement de ce collectif illustre une réalité simple: les acteurs qui tirent profit de la croissance du trafic soutiennent la croissance du trafic.
Par contraste, les chiffres avancés dans la tribune de ce collectif détaillent précisément la structure des flux financiers en jeu. L’aéroport génère, selon Bellova, plus de 1.500 emplois directs sur la plateforme, pour un total de 5.500 équivalents temps plein soutenus. Dans le cadre du contrat de concession, près de 2 millions d’euros de redevances sont reversés chaque année aux collectivités territoriales propriétaires: l’agglomération, le département et la région. À ce montant s’ajoute le versement de plus d’un million d’euros de taxes par Bellova en 2025 à la seule Communauté d’Agglomération du Beauvaisis, participant ainsi au financement des services publics locaux.
Ces flux financiers constituent l’ossature de la justification avancée par l’opérateur pour poursuivre le développement de la plateforme et, avec lui, la hausse du trafic aérien. Pour Bellova, l’équation est posée clairement: la viabilité économique du territoire est liée à la croissance de l’aéroport, et la croissance de l’aéroport est liée à l’augmentation du nombre de mouvements au-delà du seuil présenté aux élus.
Ce raisonnement se heurte directement aux habitants des zones survolées, dont les préoccupations portent sur la qualité de vie et non sur les bilans comptables de l’opérateur. La réunion de mardi à Tillé devrait cristalliser une tension structurelle: les impératifs de rentabilité d’un opérateur privé, les revenus que les collectivités tirent de la concession, et les externalités supportées par les riverains, qui ne figurent dans aucun bilan financier. La vraie question, celle que la réunion du 8 septembre ne tranchera sans doute pas, est de savoir si un mécanisme contraignant sur le plafond des mouvements sera un jour inscrit dans le contrat de concession, ou si l’équilibre économique de Bellova rend cette contrainte structurellement impossible à accepter pour l’exploitant.
Questions-réponses
Quel est le montant total reversé chaque année aux collectivités locales par Bellova dans le cadre de la concession ?
Près de 2 millions d'euros de redevances annuelles sont reversés aux collectivités territoriales propriétaires (agglomération, département et région), auxquels s'ajoute plus d'un million d'euros de taxes versés en 2025 à la seule Communauté d'Agglomération du Beauvaisis, pour un total proche de 3 millions d'euros.
Pourquoi le seuil de 45.000 mouvements est-il au coeur du débat sur la rentabilité de Bellova ?
Anthony Martin, directeur de Bellova, a lui-même déclaré que 45.000 mouvements par an constitue le seuil de rentabilité de l'entreprise. Ce chiffre fonctionne donc comme un plancher économique, non comme un plafond de gestion prudente, ce qui pousse structurellement l'opérateur à viser au-delà.
Quel rôle joue le collectif d'acteurs socio-économiques du Beauvaisis dans la stratégie de Bellova ?
Bellova a mobilisé ce collectif, composé d'entreprises et d'associations ayant un intérêt économique direct au développement de la plateforme, pour appuyer son argumentaire en faveur de la croissance du trafic. Les signataires incluent des entreprises implantées au sein de l'aéroport et des enseignes dont l'activité dépend des flux de passagers.
Quelle est la principale lacune juridique identifiée par l'autorité environnementale dans le dossier de Beauvais-Tillé ?
L'autorité environnementale a relevé l'absence de mécanisme contraignant qui empêcherait l'aéroport de dépasser le plafond de 45.000 mouvements annuels, un seuil qui avait pourtant été présenté aux élus locaux pour emporter leur vote en faveur du projet de Bellova.