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Madagascar : une société d'État au capital de 20 000 euros vise le monopole pétrolier
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Madagascar : une société d'État au capital de 20 000 euros vise le monopole pétrolier

Une entité publique sous-capitalisée s'apprête à centraliser toutes les importations de carburant de Madagascar.

Cent millions d’ariary de capital social, soit 20 000 euros: c’est la base financière sur laquelle la State Procurement of Madagascar (SPM) s’apprête à prendre le contrôle de l’ensemble des importations d’hydrocarbures de la Grande Île. Cette société étatique, créée en 2019 et jusqu’ici principalement active dans l’achat de riz, est désormais appelée à constituer le passage obligé de toute la chaîne d’approvisionnement en carburant du pays. Pour les opérateurs privés et les observateurs du secteur, l’équation financière est profondément déséquilibrée.

Depuis plus de 25 ans, les distributeurs privés organisaient leurs approvisionnements via des appels d’offres ouverts, répartissant les risques financiers entre plusieurs acteurs. Le nouveau dispositif légal renverse cette logique. À l’issue d’une période transitoire, les sociétés pétrolières seront contraintes de s’approvisionner exclusivement auprès de la SPM. Les autorités malagasy justifient ce choix par la perspective d’obtenir de meilleurs prix sur les marchés internationaux. Cette ambition se heurte pourtant d’emblée à la réalité structurelle de la nouvelle entité.

Un expert des questions énergétiques, qui a requis l’anonymat, formule clairement le problème de crédibilité commerciale de la SPM: des négociants de rang mondial comme Aramco ou Vitol appliqueront, selon lui, des marges additionnelles à un acheteur sans historique dans le négoce pétrolier. La concentration du risque financier sur une entité unique, là où il était auparavant mutualisé entre l’ensemble des importateurs privés, constitue une fragilité structurelle que le Groupement pétrolier de Madagascar qualifie de “perte d’autonomie stratégique” et de “nationalisation de facto du secteur.”

La loi prévoit certes un mécanisme de repli. En cas de défaillance de la SPM, les distributeurs traditionnels seraient tenus de reprendre leurs importations. Mais le Groupement pétrolier de Madagascar juge ce filet de sécurité largement insuffisant. “La reconstitution de chaînes d’approvisionnement internationales nécessiterait des délais incompatibles avec les besoins du marché”, avertit-il dans un document de plaidoyer. Les opérations d’importation étant planifiées plusieurs mois à l’avance, toute rupture dans la continuité contractuelle exposerait le pays à un risque réel de pénurie.

Au-delà de la mécanique financière, la traçabilité du carburant importé fait peser une menace directe sur les grands clients industriels et commerciaux. Le rapprochement diplomatique entre Antananarivo et Moscou ajoute une dimension géopolitique à ce risque: lors de la visite de Michaël Randrianirina au Kremlin en février 2026, Vladimir Poutine avait évoqué l’énergie parmi les domaines de coopération envisageables avec Madagascar. Or les sociétés pétrolières opérant sur l’île ont l’interdiction formelle de commercialiser du pétrole russe, en raison du régime de sanctions internationales en vigueur.

C’est précisément sur ce terrain de la conformité que la SPM présente le risque économique le plus immédiat pour le tissu industriel et logistique du pays. Le Groupement pétrolier de Madagascar souligne que “plusieurs clients stratégiques, comme les compagnies aériennes, les groupes BTP ou télécoms internationaux et les grands groupes miniers, sont soumis à des exigences élevées de traçabilité et de conformité.” En l’absence de certification claire quant à l’origine des produits fournis par la société étatique, ces carburants pourraient se révéler “inexploitables” pour ces acteurs (ce qui reviendrait à les exclure de facto du marché malagasy) ou les contraindre à des montages alternatifs coûteux.

Pour les investisseurs et opérateurs présents à Madagascar, le passage d’un marché d’approvisionnement concurrentiel à un monopole public peu capitalisé représente un changement de paradigme dont les implications en termes de coût, de risque et de conformité réglementaire restent largement ouvertes. La question centrale, à ce stade, est de savoir si Antananarivo dotera la SPM des ressources et de l’historique commercial nécessaires pour traiter avec les grands négociants mondiaux, ou si ce déficit de crédibilité finira par peser sur le prix à la pompe et sur la compétitivité des opérateurs industriels établis dans le pays.

Questions-réponses

Quel est le capital social de la SPM et pourquoi pose-t-il problème sur les marchés internationaux ?

La SPM dispose d'un capital social de 100 millions d'ariary, soit 20 000 euros. Ce niveau de capitalisation est jugé insuffisant pour négocier avec des négociants de rang mondial comme Aramco ou Vitol, qui appliqueront des marges additionnelles à un acheteur sans historique dans le négoce pétrolier.

Comment le nouveau dispositif légal modifie-t-il la structure du marché pétrolier malagasy ?

Depuis plus de 25 ans, les distributeurs privés s'approvisionnaient via des appels d'offres ouverts, répartissant les risques financiers entre plusieurs acteurs. Le nouveau cadre légal oblige les sociétés pétrolières à s'approvisionner exclusivement auprès de la SPM à l'issue d'une période transitoire, concentrant le risque sur une entité unique.

Quels secteurs industriels sont les plus exposés au risque de conformité lié à la SPM ?

Le Groupement pétrolier de Madagascar cite les compagnies aériennes, les groupes BTP, les opérateurs télécoms internationaux et les grands groupes miniers, tous soumis à des exigences élevées de traçabilité et de conformité. En l'absence de certification claire sur l'origine des produits, ces carburants pourraient se révéler inexploitables pour ces acteurs.

Quelle dimension géopolitique s'ajoute aux risques financiers et commerciaux de la réforme ?

Le rapprochement diplomatique entre Antananarivo et Moscou constitue un facteur de risque supplémentaire. Lors de la visite de Michaël Randrianirina au Kremlin en février 2026, Vladimir Poutine avait évoqué l'énergie comme domaine de coopération, alors que les sociétés pétrolières opérant à Madagascar ont l'interdiction formelle de commercialiser du pétrole russe en raison des sanctions internationales en vigueur.