Une victoire pour la liberté syndicale chez Air Mauritius
Licenciée pour son engagement syndical, elle retrouve un poste à Air Mauritius
Le retour de Yogita Babboo au sein d’Air Mauritius, après des années de contestation, est perçu par ses soutiens comme une victoire significative pour la défense des droits des travailleurs et la liberté syndicale. Cette nouvelle embauche, réalisée par le biais d’une procédure de recrutement, marque la fin d’un long parcours juridique et social où l’expression syndicale d’une employée a été mise à l’épreuve par la compagnie aérienne nationale.
L’affaire trouve son origine dans le contexte de crise engendré par la pandémie de Covid-19. Air Mauritius, alors placée sous administration volontaire, faisait face à d’importantes incertitudes pour ses employés. En tant que responsable du syndicat représentant le personnel de cabine, Yogita Babboo prenait publiquement la parole pour exprimer les préoccupations de ses collègues. Son licenciement, survenu suite à une intervention médiatique sur une radio privée, a immédiatement suscité une vive réaction au sein du mouvement syndical.
Pour Radhakrishna Sadien, membre de la State and Other Employees Federation, cette décision ne pouvait être dissociée des responsabilités syndicales de l’hôtesse de l’air. Lui et les organisations qui l’accompagnaient y voyaient une atteinte directe à la liberté d’action d’une représentante des employés. Ce point de vue a constitué le fondement de leur campagne de mobilisation. Ce combat pour les droits doit être distingué du règlement financier conclu ultérieurement, un accord qui a clôturé une partie du différend, mais qui n’a pas résolu l’ensemble des questions de responsabilité soulevées publiquement par les syndicats.
La lutte pour la protection de Yogita Babboo a dépassé le cadre d’Air Mauritius. Radhakrishna Sadien a activement contribué à créer une plateforme réunissant diverses fédérations syndicales et des organisations de la société civile, dont Dis-Moi. L’objectif était de maintenir l’attention publique sur le cas et d’exiger le respect des droits des représentants du personnel. Cette mobilisation s’est concrétisée par des conférences de presse, des démarches auprès des autorités, et une marche pacifique organisée dans les rues de Port-Louis. Des organisations syndicales internationales ont également été alertées. Sadien a d’ailleurs porté ce dossier devant la Conférence internationale du travail à Genève en juin 2023.
Dans ses interventions, il a notamment fait référence à la section 31 de l’Employment Relations Act, qui protège l’activité syndicale, ainsi qu’aux conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail. Pour lui, cette affaire soulevait une question fondamentale qui allait au-delà de la situation individuelle de Yogita Babboo : une responsable syndicale peut-elle défendre publiquement ses collègues sans risquer de perdre son emploi ? Cette interrogation prenait une importance particulière au sein de la compagnie aérienne nationale, étant donné que l’État en est l’actionnaire majoritaire.
Parallèlement à cette campagne de sensibilisation, Yogita Babboo avait engagé une procédure judiciaire contre Air Mauritius. Cette procédure a mené à un accord entre les parties devant la justice, entraînant le versement d’une compensation, selon Radhakrishna Sadien. Bien que le montant et les modalités précises de cet accord n’aient pas été divulgués, le règlement financier n’a pas apporté la réponse complète souhaitée par la plateforme de soutien. Le syndicaliste a réaffirmé que « On n’a jamais laissé tomber cette lutte », expliquant que les efforts pour permettre à Yogita Babboo de retrouver un emploi chez Air Mauritius se sont poursuivis, les tentatives auprès de la précédente administration de la compagnie étant restées infructueuses.
Le tournant est survenu après l’arrivée d’André Viljoen à la direction générale. Sadien estime que les relations entre Air Mauritius et les syndicats se sont améliorées depuis, et il salue le travail de la direction actuelle ainsi que celui du conseil d’administration présidé par Megh Pillay. Yogita Babboo a alors postulé suite à l’annonce d’un recrutement pour un poste et a été sélectionnée après entretien.
La chronologie précise de ce retour est essentielle. Il ne s’agit ni d’une réintégration automatique à son poste antérieur de membre du personnel navigant, ni de l’application d’une décision de réintégration découlant de l’accord financier. Air Mauritius l’a simplement embauchée à nouveau dans le cadre d’une procédure de recrutement standard. Pour ses partisans, l’essentiel est qu’elle ait pu reprendre une activité professionnelle au sein de la compagnie après avoir été mise à l’écart pendant plusieurs années.
Radhakrishna Sadien exprime aujourd’hui son soulagement et remercie les syndicats, les organisations de la société civile, les juristes et les soutiens internationaux qui ont appuyé cette mobilisation. Il y voit également un encouragement pour les femmes exerçant des responsabilités syndicales. À ses yeux, la défense des droits des salariés ne devrait jamais se transformer en un obstacle permanent à leur vie professionnelle. Le parcours de Yogita Babboo, depuis sa prise de parole syndicale dans une compagnie en difficulté jusqu’à cette nouvelle embauche dans un service au sol, confirme pour ses soutiens qu’une forme de justice existe pour ceux qui mènent des combats sincères pour le bien-être des travailleurs. Reste à savoir si ce précédent suffira à garantir, à l’avenir, la protection de ceux qui prennent publiquement la parole au nom de leurs collègues.
Questions-réponses
Pourquoi Yogita Babboo avait-elle été licenciée d'Air Mauritius ?
Elle avait été licenciée après une intervention médiatique sur une radio privée, alors qu'elle était responsable du syndicat représentant le personnel de cabine et prenait publiquement la parole pour exprimer les préoccupations de ses collègues dans le contexte de crise lié à la Covid-19.
Son retour chez Air Mauritius est-il une réintégration automatique ?
Non. Il ne s'agit ni d'une réintégration à son poste antérieur de personnel navigant, ni de l'application d'une décision découlant de l'accord financier : la compagnie l'a réembauchée dans le cadre d'une procédure de recrutement standard, après sa candidature et un entretien, pour un poste dans un service au sol.
Quels appuis la mobilisation en sa faveur a-t-elle reçus ?
Une plateforme réunissant diverses fédérations syndicales et des organisations de la société civile, dont Dis-Moi, a été créée. Elle a organisé des conférences de presse, des démarches auprès des autorités et une marche pacifique à Port-Louis. Des organisations syndicales internationales ont été alertées et le dossier a été porté devant la Conférence internationale du travail à Genève en juin 2023.
Quels fondements juridiques ont été invoqués dans ce dossier ?
Radhakrishna Sadien a notamment invoqué la section 31 de l'Employment Relations Act, qui protège l'activité syndicale, ainsi que les conventions 87 et 98 de l'Organisation internationale du travail.