Madagascar : huit mois après le coup d'État, le risque-pays rebute les capitaux étrangers
L'instabilité institutionnelle à Madagascar érode la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux.
Madagascar : l’instabilité politique ferme les portes aux investisseurs
Huit mois après le coup d’État d’octobre 2025, la question que les marchés ne peuvent plus différer est celle du cadre de gouvernance qui attend les capitaux engagés ou envisagés à Madagascar. La réponse que dessine l’actualité politique est peu rassurante pour quiconque raisonne en termes de risque-pays.
C’est la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) qui a formulé, dans une déclaration récente, les exigences les plus fermes adressées à ce jour à Antananarivo. L’organisation régionale réclame la libération des prisonniers politiques, la fin des arrestations arbitraires des dirigeants de l’opposition et des membres de la Génération Z, ainsi que le retour des exilés politiques. Pour les opérateurs économiques qui suivent la région, ce type de pression multilatérale signale que le risque institutionnel n’est plus marginal : il est structurel.
La prise de contrôle progressive de la Haute Cour Constitutionnelle illustre concrètement ce verrouillage. Deux juges poursuivis pour « déstabilisation du régime » ont démissionné le 18 juin, remplacés en moins de vingt-quatre heures. Avant eux, trois autres membres avaient déjà été remplacés par décrets en décembre 2025. Cette institution, chargée de valider les résultats électoraux, ne présente plus les garanties minimales d’indépendance. Pour tout investisseur attentif à la prévisibilité juridique, l’effacement de ce contre-pouvoir alourdit considérablement l’environnement de risque.
La variable russe renforce cette appréciation. Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, s’est rendu à Moscou dès novembre 2025 pour amorcer une coopération couvrant des domaines allant de l’énergie à la communication institutionnelle. Plus récemment, la Commission électorale nationale indépendante a effectué un voyage de formation en Russie. L’Africa Corps, structure militaire russe issue du groupe Wagner, a achevé le 5 mai à Antananarivo la formation de plus d’une centaine de soldats malgaches, dont les forces spéciales et la garde présidentielle. Cette imbrication sécuritaire entre la junte et Moscou réduit mécaniquement la probabilité d’une alternance par voie institutionnelle. Pour les bailleurs potentiels et les partenaires commerciaux, une garde prétorienne étrangère au service de l’exécutif constitue un facteur d’incertitude politique difficile à évaluer et impossible à couvrir.
Une analyse documentant en détail la trajectoire du régime depuis le coup d’État est accessible à l’adresse https://www.bvoltaire.fr/point-de-vue-a-madagascar-la-junte-confirme-son-tournant-autoritaire/
Sur le plan intérieur, la répression s’étend progressivement aux acteurs qui avaient initialement soutenu ou toléré la prise de pouvoir d’octobre 2025. Le colonel Patrick Rakotomamonjy, ancienne figure du soulèvement, a été arrêté en avril pour « complot contre l’État », peu après avoir dénoncé publiquement des faits de corruption au sein du régime. Paul Rabary, chef du parti Ny Fireneko et ancien ministre de l’Éducation nationale, a été incarcéré en mai pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Début juin, le député Antoine Rajerison a vu son immunité parlementaire levée. Amnesty International avait dénoncé dès mars le recours à des accusations délibérément vagues pour faire taire les militants.
Le gouvernement prépare par ailleurs une loi d’encadrement des réseaux sociaux, ce qui signalerait une restriction supplémentaire de l’espace d’expression publique. L’Église catholique, qui représente près d’un quart de la population, a publié en mai une déclaration exigeant une feuille de route électorale claire et dénonçant l’arrestation de ceux qui ne partagent pas les opinions du pouvoir. Ce positionnement d’un acteur social aussi central ajoute une pression difficilement ignorable sur la légitimité du régime.
Pour Washington, Bruxelles, Paris, Londres, Tokyo ou Canberra, la question posée par cette trajectoire est aussi économique que politique. À partir de quel moment une transition cesse-t-elle d’être une parenthèse instable pour devenir un régime que l’inaction finit par entériner ? Les institutions de financement du développement et les partenaires commerciaux devront tôt ou tard intégrer cette réalité dans leurs calculs d’engagement sur la Grande Île.
Questions-réponses
Pourquoi les institutions de financement du développement hésitent-elles à s'engager à Madagascar ?
La capture de la Haute Cour Constitutionnelle, la présence militaire russe via l'Africa Corps et la répression des opposants créent un risque institutionnel structurel que les bailleurs ne peuvent ni évaluer précisément ni couvrir financièrement.
Quel rôle joue la SADC dans la dynamique économique autour de Madagascar ?
La Communauté de développement de l'Afrique australe a formulé des exigences fermes à Antananarivo, notamment la libération des prisonniers politiques. Ce type de pression multilatérale signale aux opérateurs économiques que le risque institutionnel est devenu structurel.
En quoi l'implication de l'Africa Corps russe affecte-t-elle le calcul des partenaires commerciaux ?
L'Africa Corps, structure militaire issue du groupe Wagner, a achevé le 5 mai à Antananarivo la formation de plus d'une centaine de soldats malgaches, dont les forces spéciales et la garde présidentielle. Cette garde prétorienne étrangère au service de l'exécutif constitue un facteur d'incertitude politique difficile à évaluer et impossible à couvrir pour les partenaires commerciaux.
Quels signaux intérieurs aggravent le profil de risque pour les investisseurs ?
La répression d'anciens soutiens du régime, dont le colonel Patrick Rakotomamonjy et l'ancien ministre Paul Rabary, la levée de l'immunité du député Antoine Rajerison, et le projet de loi encadrant les réseaux sociaux indiquent une fermeture progressive de l'espace public et une imprévisibilité opérationnelle croissante.