Saisies controversées à Madagascar soulèvent des doutes sur la sécurité des capitaux étran
Des perquisitions illégales font grimper la prime de risque pour les capitaux étrangers à Madagascar.
Plus de 200 millions d’ariarys, soit environ 40 000 euros en espèces, auxquels s’ajoutent des devises étrangères et des bijoux : voilà ce qu’ont emporté une vingtaine d’hommes cagoulés lors d’une descente chez des ressortissants chinois à Ambohibao, en périphérie d’Antananarivo, le 9 juillet 2026. Pour les investisseurs cherchant à évaluer la sécurité de leurs actifs à Madagascar, cet épisode résume à lui seul un risque opérationnel qui va grandissant.
Depuis qu’il a pris le pouvoir en octobre dernier, le colonel Randrianirina, à la tête du régime dit de la Refondation, a vu se multiplier des perquisitions aux contours juridiques douteux. Leurs cibles sont révélatrices : chefs d’entreprise, anciens ministres, proches de l’ex-président Andry Rajoelina. Ce sont des opérateurs économiques et des personnalités du secteur privé qui se trouvent dans le viseur, c’est-à-dire des acteurs au coeur même des flux de capitaux du pays.
Les modalités de ces opérations aggravent le tableau. Certaines se déroulent à une heure du matin, hors des plages horaires légales. Les hommes qui se présentent invoquent l’autorité de la présidence et se réclament du statut de gendarmes, sans produire le moindre document officiel. Pour un investisseur étranger qui doit évaluer la prévisibilité juridique et la sécurité physique de ses actifs, ce type de pratique constitue un facteur de risque difficilement quantifiable mais impossible à ignorer.
L’incident du 9 juillet concentre toutes ces tensions. Les individus cagoulés ont affirmé agir sur instruction de la présidence avant de repartir avec les espèces, les devises et les bijoux appartenant aux ressortissants chinois. La présidence a formellement démenti toute implication et appelé à l’arrestation de ceux qu’elle qualifie d’imposteurs. Cette mise au point protège formellement l’image de l’exécutif, mais elle ne règle pas la question centrale pour les marchés : qui commande réellement ces opérations, et quelles garanties concrètes l’État offre-t-il aux opérateurs étrangers installés sur son territoire ?
La réponse institutionnelle existe, mais elle reste partielle. En février dernier, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, appelait publiquement les Malgaches à dénoncer ces abus, reconnaissant ainsi l’ampleur du phénomène. Depuis, plusieurs militaires ont été condamnés à des peines de prison ferme, confirmant que certaines de ces perquisitions sont le fait d’individus agissant hors cadre légal, qu’ils soient imposteurs ou membres des forces armées ayant outrepassé leurs attributions.
Ce signal, envoyé aux partenaires commerciaux et aux investisseurs régionaux, est négatif. La capacité d’un État à garantir la sécurité des personnes et des biens représente un prérequis fondamental à tout engagement de capitaux. Lorsque des opérateurs étrangers, en l’occurrence des ressortissants chinois, peuvent être dépouillés de sommes significatives par des individus armés se réclamant du pouvoir, la prime de risque associée au marché malgache augmente mécaniquement.
Le régime de la Refondation se trouve ainsi face à un double défi économique. Rétablir la discipline au sein de son propre appareil sécuritaire, d’abord. Restaurer une image de stabilité suffisante pour attirer ou simplement retenir des capitaux dans un pays dont l’économie reste fragile, ensuite. Selon la correspondante à Antananarivo, Aurélie Kouman, ces affaires embarrassent jusqu’au sommet de l’État, signe que le pouvoir en place mesure leur coût, politique autant qu’économique.
La vraie inconnue, pour les investisseurs qui suivent Madagascar, reste le rythme auquel ces condamnations et démentis officiels se traduiront en garanties opérationnelles tangibles, capables de rassurer des capitaux qui, pour l’heure, ont de bonnes raisons d’hésiter.
Questions-réponses
Quel montant a été emporté lors de la descente du 9 juillet 2026 à Ambohibao?
Plus de 200 millions d'ariarys, soit environ 40 000 euros en espèces, auxquels s'ajoutent des devises étrangères et des bijoux appartenant à des ressortissants chinois.
Quels types d'acteurs économiques sont principalement visés par ces perquisitions?
Les cibles sont des chefs d'entreprise, des anciens ministres, des proches de l'ex-président Andry Rajoelina, ainsi que des opérateurs économiques et des personnalités du secteur privé.
Quelle a été la réponse institutionnelle face à ces abus?
La ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a publiquement appelé les Malgaches à dénoncer ces abus en février, et plusieurs militaires ont depuis été condamnés à des peines de prison ferme.
Quel est l'impact de ces incidents sur le risque d'investissement à Madagascar?
La prime de risque associée au marché malgache augmente mécaniquement, car la capacité de l'État à garantir la sécurité des personnes et des biens, prérequis fondamental à tout engagement de capitaux, est remise en question.