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Madagascar : 172 disparitions signalent un risque institutionnel croissant pour les invest
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Madagascar : 172 disparitions signalent un risque institutionnel croissant pour les invest

La criminalité organisée à Madagascar alourdit les primes de risque et fragilise l'attractivité des investissements.

172 cas de disparitions recensés à Madagascar, dont plusieurs victimes retrouvées mortes: derrière ce chiffre brut se cache un signal économique que les investisseurs et les bailleurs de fonds ne peuvent ignorer. La dégradation de l’environnement institutionnel à Antananarivo impose un coût croissant et mesurable à l’économie de la Grande Île, un coût que Transparency International Initiative Madagascar traduit désormais en termes de capture de l’État.

C’est Ketakandriana Rafitoson, numéro deux de l’organisation, qui pose le cadre analytique le plus précis. Interrogée par RFI, elle décrit un mécanisme de détournement systématique: “Certaines institutions cessent progressivement de fonctionner exclusivement dans l’intérêt général et peuvent être influencées par des intérêts privés ou particuliers.” En termes de gouvernance économique, ce diagnostic signale une déviation des finances publiques et des capacités administratives de leur vocation collective vers une logique de prédation au profit d’une élite restreinte. Pour un investisseur institutionnel ou un bailleur multilatéral, c’est précisément le scénario qui fait monter la prime de risque pays.

Les effets sur la viabilité des opérateurs sont directs. Lorsque les mécanismes de contrôle s’affaiblissent et que les responsabilités deviennent floues, la lutte contre les réseaux criminels organisés, y compris ceux liés à des trafics de ressources évoqués dans le sud du pays, devient structurellement plus difficile à mener. Rafitoson le formule sans détour: la criminalité organisée telle qu’elle se manifeste aujourd’hui à Antananarivo “suppose souvent l’existence de réseaux de complicité, de capacités logistiques”, dont l’identification incombe aux autorités. L’existence de tels réseaux, potentiellement connectés à des élus et à des intérêts économiques puissants, freine la formalisation de l’économie et réduit l’attractivité du territoire pour tout opérateur légitime.

Le 7 juillet, la présidence malgache a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle et de 400 éléments des forces de défense et de sécurité. Le Premier ministre a adopté une posture offensive, déclarant publiquement: “Nous sommes en guerre”, et promettant une tolérance zéro. Ce type de signal politique compte, mais ses effets économiques restent conditionnels. Rafitoson le dit sans ambiguïté: “L’important n’est pas seulement de parler de guerre, mais surtout de gagner durablement la bataille contre l’insécurité.” Les marchés et les investisseurs, locaux comme étrangers, évaluent la crédibilité des institutions sur la constance de leur action, pas sur leurs déclarations de principe.

Par contraste, les critères structurels que retient Rafitoson recoupent exactement ceux qu’appliquent les bailleurs de fonds multilatéraux et les investisseurs institutionnels pour évaluer le risque pays. Elle appelle les autorités à “reconstruire des institutions plus fortes, plus transparentes, plus indépendantes et davantage tournées vers le bien commun”, à “investir dans le capital humain” et à “construire une culture de responsabilité à l’échelle nationale.” Gouvernance, État de droit, transparence budgétaire, prévisibilité réglementaire: ce sont précisément les variables qui entrent dans les modèles de notation souveraine et dans les décisions d’allocation des financements de développement.

L’opinion publique malgache n’est pas convaincue que les véritables auteurs ou commanditaires des crimes aient été appréhendés, malgré quelques arrestations sporadiques. Ce déficit de confiance dans les institutions judiciaires ne se limite pas à une psychose ambiante: il se traduit en risques opérationnels concrets pour les entreprises. Dans un pays où les enquêtes “n’aboutissent pas suffisamment vite” et où la criminalité devient “plus audacieuse”, les primes de risque implicites sur tout investissement s’alourdissent mécaniquement.

La question qui reste ouverte est celle du séquençage: les déclarations de guerre du gouvernement déboucheront-elles sur des réformes institutionnelles suffisamment profondes pour modifier les évaluations des bailleurs et des investisseurs, ou s’épuiseront-elles en opérations de sécurité ponctuelles sans effet durable sur la structure des risques qui pèse sur l’économie malgache?

Questions-réponses

Quel mécanisme économique est mis en évidence par les 172 disparitions recensées à Madagascar ?

Ces disparitions signalent une dégradation de l'environnement institutionnel qui impose un coût croissant et mesurable à l'économie malgache, faisant monter la prime de risque pays pour les investisseurs institutionnels et les bailleurs multilatéraux.

Comment Transparency International Initiative Madagascar caractérise-t-elle la situation institutionnelle du pays ?

L'organisation diagnostique une capture de l'État : certaines institutions cessent de fonctionner dans l'intérêt général et sont influencées par des intérêts privés, déviant les finances publiques vers une logique de prédation au profit d'une élite restreinte.

Quelles mesures le gouvernement malgache a-t-il annoncées le 7 juillet, et pourquoi leur portée économique reste-t-elle incertaine ?

La présidence a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle et de 400 éléments des forces de défense et de sécurité. Leur portée économique reste conditionnelle car les marchés et investisseurs évaluent la crédibilité des institutions sur la constance de leur action, non sur des déclarations de principe.

Quels critères structurels les bailleurs de fonds multilatéraux et investisseurs institutionnels appliquent-ils pour évaluer le risque pays à Madagascar ?

Ils retiennent la gouvernance, l'État de droit, la transparence budgétaire et la prévisibilité réglementaire, soit exactement les variables qui entrent dans les modèles de notation souveraine et dans les décisions d'allocation des financements de développement.