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Réunion : 6.000 hectares abandonnés poussent les exploitants vers une main-d'œuvre étrangè
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Réunion : 6.000 hectares abandonnés poussent les exploitants vers une main-d'œuvre étrangè

La viabilité financière du recrutement étranger interroge les exploitants agricoles réunionnais face à des coûts croissants.

Le coût de production agricole à La Réunion concentre aujourd’hui les tensions d’un secteur sous pression : quelque 6.000 hectares de terres agricoles laissés à l’abandon, un déficit chronique de main-d’oeuvre saisonnière, et une expérimentation de recrutement étranger dont la viabilité économique reste entière. Pour tenter de contenir ce risque, des exploitants locaux ont engagé, en lien avec la préfecture et France Travail, une réflexion sur l’embauche de travailleurs issus de la zone sud de l’océan Indien, principalement Madagascar ou l’Inde. Le dispositif, encore embryonnaire, ne concernerait dans un premier temps qu’une dizaine de salariés.

La question de rentabilité se pose dès la conception du modèle. Les frais de transport vers l’île, l’hébergement et la restauration des recrues étrangères seraient intégralement à la charge des exploitants. Jonathan Hoarau, président des Jeunes Agriculteurs, reconnaît lui-même que “le rapport bénéfice/coût de l’expérimentation devra être évalué” avec soin à l’issue du dispositif. Une prudence qui dit tout : la soutenabilité financière du schéma n’est pas établie.

La structure opérationnelle ajoute une couche de complexité. Les planteurs réunionnais envisagent de faire appel à un cabinet d’intérim spécialisé dans les saisonniers, basé dans l’Hexagone, ce qui représente une charge supplémentaire pour des exploitations déjà sous pression. Par ailleurs, la préfecture a précisé que “la recherche de personnes étrangères et les démarches liées à leur venue relevaient entièrement de l’employeur”, laissant les opérateurs seuls face aux obstacles administratifs et financiers du processus.

La procédure réglementaire alourdit encore le calcul. Une offre d’emploi doit d’abord être déposée auprès de France Travail, et ce n’est qu’après vingt et un jours, en l’absence de candidature valable, que les services de l’immigration peuvent être sollicités. Ce délai obligatoire allonge les cycles de recrutement dans un secteur où la saisonnalité impose des délais courts. Pour des exploitants dont la trésorerie suit le rythme de la récolte, chaque semaine compte.

Derrière cette expérimentation se dessine un débat plus large sur la compétitivité du modèle agricole réunionnais. Jean-Michel Moutama, président de la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion (CGPER), plaide pour une réforme salariale plutôt qu’un recours à la main-d’oeuvre étrangère. Il propose un mécanisme d’allègement des cotisations patronales dont le gain serait réinjecté dans une hausse des rémunérations, afin de rendre les emplois locaux plus attractifs sans augmenter la charge globale des exploitants. C’est une logique de redistribution interne, sans coût net supplémentaire pour les opérateurs.

La saisonnalité du métier constitue un autre frein structurel à la mobilisation du vivier local. Certains actifs réunionnais hésitent à accepter des contrats temporaires dans l’agriculture, craignant de perdre leurs prestations sociales, dont la CMU. Jean-Bernard Maratchia, conseiller régional délégué à l’agriculture, appelle l’État à autoriser le cumul du salaire agricole saisonnier et des prestations sociales pendant la coupe des cannes ou la saison de récolte des fruits. Sans ce mécanisme, estime-t-il, “on ne trouvera plus personne localement.” L’enjeu n’est pas seulement social : c’est un arbitrage économique qui conditionne directement le coût du travail pour les exploitants.

La préfecture de La Réunion recense près de 200.000 demandeurs d’emploi sur l’île, un vivier local potentiel que les acteurs du secteur souhaitent mieux mobiliser avant de se tourner vers des recrutements extérieurs. La carence en main-d’oeuvre est identifiée par la préfecture elle-même comme un “frein au développement de certaines exploitations”, ce qui signale une perte de valeur productive directement imputable à des défaillances de marché du travail.

Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture, résume la position des opérateurs avec pragmatisme : “Nous souhaitons privilégier l’emploi local et nous ne voulons pas du tout créer les conditions d’une submersion liée à l’immigration. Mais si ce sujet fait bouger les lignes autour d’un accompagnement spécifique pour les travailleurs agricoles, c’est positif.” L’expérimentation, aussi incertaine soit-elle sur le plan financier, a au moins le mérite de forcer les arbitrages économiques que l’agriculture réunionnaise ne peut plus différer. La vraie question, au terme du dispositif, sera de savoir si un modèle fondé sur des coûts d’importation de main-d’oeuvre peut coexister avec une réforme des incitations locales, ou si les deux logiques se neutralisent mutuellement.

Questions-réponses

Quels coûts directs les exploitants agricoles réunionnais devraient-ils assumer dans le cadre du recrutement de travailleurs étrangers ?

Les frais de transport vers l'île, l'hébergement et la restauration des recrues étrangères seraient intégralement à la charge des exploitants, auxquels s'ajouterait le recours à un cabinet d'intérim spécialisé basé dans l'Hexagone.

Quelle alternative au recrutement étranger la CGPER propose-t-elle pour améliorer la compétitivité salariale sans alourdir les charges des opérateurs ?

Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, propose un mécanisme d'allègement des cotisations patronales dont le gain serait réinjecté dans une hausse des rémunérations, rendant les emplois locaux plus attractifs sans augmenter la charge globale des exploitants.

Quel obstacle réglementaire pèse sur la rentabilité opérationnelle du recrutement saisonnier étranger à La Réunion ?

Une offre d'emploi doit d'abord être déposée auprès de France Travail, et ce n'est qu'après 21 jours sans candidature valable que les services de l'immigration peuvent être sollicités, allongeant les cycles de recrutement dans un secteur où la saisonnalité impose des délais courts.

Pourquoi le vivier local de 200.000 demandeurs d'emploi reste-t-il insuffisamment mobilisé par le secteur agricole réunionnais ?

Certains actifs réunionnais hésitent à accepter des contrats temporaires agricoles par crainte de perdre leurs prestations sociales, dont la CMU. Le conseiller régional Jean-Bernard Maratchia appelle l'État à autoriser le cumul du salaire saisonnier et des prestations sociales pour lever ce frein économique.