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Madagascar mise sur le solaire pour attirer les capitaux face à la crise énergétique
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Madagascar mise sur le solaire pour attirer les capitaux face à la crise énergétique

L'instabilité du réseau public ouvre un marché solaire privé à fort potentiel à Madagascar.

Un mois de carburant pour faire tourner un téléphérique: voilà le chiffre qui résume brutalement l’équation financière du secteur énergétique malgache. Inauguré en grande pompe à la mi-août 2025 à Antananarivo, cet équipement urbain fonctionnait dès ses premières semaines grâce à des groupes électrogènes, faute de raccordement fiable au réseau de la Jirama, la compagnie publique d’électricité. La facture de carburant atteignait rapidement des niveaux difficilement soutenables pour un opérateur de transport en commun. C’est sur ce terrain de coûts prohibitifs et d’infrastructure défaillante que les entreprises privées spécialisées dans le photovoltaïque ont choisi de s’installer, en ciblant un marché que la Jirama ne parvient pas à servir.

Le potentiel commercial est réel. Seul un tiers des Malgaches dispose aujourd’hui d’un accès à l’électricité, ce qui place Madagascar parmi les marchés les moins électrifiés de la région, mais aussi parmi ceux qui affichent le plus fort potentiel de croissance pour les opérateurs énergétiques. Les lacunes structurelles de la Jirama, dont la capacité à assurer une alimentation stable reste très insuffisante, constituent à la fois le principal obstacle aux investissements et leur principale justification commerciale. Là où le réseau public n’arrive pas, les solutions hors-réseau et les mini-réseaux solaires ouvrent un espace de marché considérable.

L’épisode du téléphérique illustre concrètement les risques opérationnels que supporte tout investisseur exposé à l’instabilité du réseau. Conçu pour désengorger une ville construite entre collines et vallées, chroniquement paralysée par les embouteillages, l’équipement n’aura fonctionné que quelques semaines. Une vague de colère populaire contre les coupures d’eau et de courant avait entraîné un changement de régime et le saccage des stations, provoquant l’interruption du service. Suspendu depuis septembre 2025 au-dessus des toits de tôle d’Antananarivo, le téléphérique reste à l’arrêt pour une raison plus prosaïque: l’alimentation électrique disponible n’est tout simplement pas assez stable pour garantir une exploitation régulière.

Pour les investisseurs qui examinent le marché malgache, cet épisode pose une question de rentabilité directe. Toute unité économique tributaire d’une énergie fiable, qu’il s’agisse d’un opérateur de transport, d’une unité de transformation agroalimentaire ou d’un hôtel, doit absorber le coût des générateurs diesel ou construire sa propre capacité de production. C’est précisément dans ce gap que s’engouffrent les entreprises privées du solaire, en proposant des contrats d’approvisionnement en énergie directement négociés avec des consommateurs industriels et commerciaux, en contournant la Jirama.

Le modèle économique repose sur une comparaison de coûts favorable au photovoltaïque dans un pays où le prix du carburant et la dépréciation des groupes électrogènes alourdissent considérablement les charges d’exploitation. Madagascar présente un ensoleillement élevé et une demande captive, deux conditions propices à des rendements acceptables sur des projets hors-réseau ou en autoconsommation industrielle. La contrainte majeure reste la faiblesse du cadre réglementaire et la capacité limitée de la Jirama à jouer le rôle de contrepartie fiable dans des contrats d’achat d’énergie à long terme.

Par contraste, les opérateurs qui misent sur le solaire arbitrent en faveur de solutions autonomes précisément parce que la dépendance à la Jirama représente, en l’état, un risque commercial trop élevé pour être assumé sans couverture alternative. Les lacunes de la compagnie publique créent autant d’opportunités pour le secteur privé qu’elles font peser de risques sur tout projet nécessitant un raccordement au réseau.

La vraie question, pour les investisseurs qui étudient Madagascar, est celle du cadre réglementaire: sans règles du jeu clarifiées et sans contrepartie publique crédible, même un marché à fort potentiel reste difficile à financer à grande échelle.

Questions-réponses

Pourquoi les entreprises solaires privées ciblent-elles le marché malgache?

Les défaillances chroniques de la Jirama, incapable d'assurer une alimentation stable, contraignent industriels, hôtels et opérateurs de transport à absorber des coûts élevés de générateurs diesel. Les entreprises solaires s'engouffrent dans ce gap en proposant des contrats d'approvisionnement directs, contournant la compagnie publique.

Quel risque commercial la dépendance à la Jirama représente-t-elle pour les investisseurs?

La Jirama ne peut pas jouer le rôle de contrepartie fiable dans des contrats d'achat d'énergie à long terme. Tout projet nécessitant un raccordement au réseau public supporte un risque commercial élevé, ce qui pousse les opérateurs privés à privilégier des solutions autonomes comme couverture alternative.

Quelles conditions rendent Madagascar propice aux projets photovoltaïques?

Le pays bénéficie d'un ensoleillement élevé et d'une demande captive, deux conditions favorables à des rendements acceptables sur des projets hors-réseau ou en autoconsommation industrielle. Le coût prohibitif du carburant renforce encore la compétitivité du solaire.

Quel est le principal frein au financement à grande échelle du solaire à Madagascar?

La faiblesse du cadre réglementaire constitue l'obstacle majeur: sans règles du jeu clarifiées et sans contrepartie publique crédible, même un marché à fort potentiel reste difficile à financer à grande échelle, selon l'analyse présentée dans l'article.