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Grève au SDIS de La Réunion : le financement du secours d'urgence au coeur du conflit
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Grève au SDIS de La Réunion : le financement du secours d'urgence au coeur du conflit

Tensions budgétaires au SDIS réunionnais : répartition des charges entre opérateurs publics et privés en jeu

Quatre-vingt-dix pour cent des missions du SDIS de La Réunion relèvent du secours d’urgence à personne : c’est sur ce chiffre, autant que sur les effectifs et les aéronefs, que repose la grève des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés qui mobilise ce jour l’île entière. Le financement du Service départemental d’incendie et de secours se retrouve ainsi au coeur d’un bras de fer entre l’intersyndicale et les autorités publiques, avec, en arrière-plan, une question budgétaire structurelle que ni les recrutements ni les équipements ne peuvent résoudre sans arbitrage politique.

Le syndicat Avenir Secours, par la voix de son secrétaire départemental Michel Gonot, formule des demandes précises en matière de recrutement statutaire. Les personnels réclament des effectifs supplémentaires pour absorber une sollicitation opérationnelle décrite comme en hausse constante. Ce poste de dépense pèse directement sur un modèle de financement que l’intersyndicale conteste dans son principe même.

La géographie impose ses propres coûts. Contrairement aux départements hexagonaux, La Réunion ne peut s’appuyer sur des colonnes de renfort venues d’un territoire voisin. Cette absence totale de mutualisation contraint le SDIS réunionnais à financer seul l’intégralité de sa capacité d’intervention, sans possibilité de lisser les charges sur un réseau interdépartemental. “Du fait de notre insularité, certaines problématiques de sécurité civile sont exacerbées chez nous. Nous sommes quand même plus fragiles que certains territoires hexagonaux”, résume Gonot.

À ce surcoût structurel s’ajoute la question des capacités aériennes, que l’intersyndicale juge indissociable d’une autonomie opérationnelle réelle. La saison des feux, qui court du 5 juillet au 15 septembre pour les espaces naturels et les cannes à sucre, tend désormais à se prolonger jusqu’au 15 décembre, voire janvier, selon Gonot. Le renfort du Dash, mobilisé après le 15 septembre, n’est pas considéré comme une solution pérenne : l’île, estime l’intersyndicale, doit disposer d’un aéronef de sécurité civile permanent. “Nous devons avoir les moyens d’être autonomes et d’avoir une meilleure réponse opérationnelle”, insiste Gonot, signalant un besoin d’investissement en capacités propres dont le coût reste à chiffrer dans toute négociation sérieuse.

La revendication la plus chargée économiquement porte sur la répartition des charges entre opérateurs. Gonot fait valoir que ces 90 % de missions de secours à personne sont des missions “partagées” et “non exclusives du SDIS”, assurées en pratique aussi par le Samu et certaines ambulances privées, dont le modèle économique diffère fondamentalement de celui d’un service public financé par la collectivité. “Nous ne voulons plus être les supplétifs du Samu et de certaines ambulances privées”, déclare-t-il, appelant à une “reconcentration” du SDIS sur ses missions prioritaires, notamment la lutte contre l’incendie et la prévention.

Cette demande traduit, sous l’angle des finances publiques, un débat sur l’allocation des dépenses entre plusieurs acteurs du secours. Sans redéfinition claire des périmètres de compétence, attribuer des moyens supplémentaires au SDIS pour des missions partagées risque de produire un doublement de charges entre opérateurs publics et privés, sans aucune rationalisation des coûts globaux du système.

Une délégation syndicale devait être reçue en préfecture en fin de journée. Les décisions issues de cette rencontre détermineront dans quelle mesure les pouvoirs publics sont prêts à engager des crédits supplémentaires pour un SDIS insulaire que ses représentants présentent comme structurellement sous-doté. La vraie question, celle que la préfecture devra trancher, est de savoir si La Réunion obtiendra un financement ad hoc tenant compte de son isolement géographique, ou si elle continuera d’être évaluée selon des critères pensés pour un territoire connecté à ses voisins.

Questions-réponses

Pourquoi le SDIS de La Réunion supporte-t-il des coûts structurellement plus élevés que les services équivalents en métropole ?

L'insularité de La Réunion empêche tout recours à des colonnes de renfort venues de territoires voisins. Le SDIS doit donc financer seul l'intégralité de sa capacité d'intervention, sans pouvoir lisser ses charges sur un réseau interdépartemental, ce qui alourdit mécaniquement son budget.

Quel est l'enjeu économique central de la revendication sur les missions de secours à personne ?

Ces missions, qui représentent 90 % de l'activité du SDIS, sont également assurées par le Samu et des ambulances privées dont le modèle économique diffère. Sans redéfinition des périmètres de compétence, allouer des moyens supplémentaires au SDIS risque de produire un doublement des charges entre opérateurs publics et privés, sans rationalisation des coûts globaux.

Quelle est la position de l'intersyndicale sur les capacités aériennes et quel en est le coût ?

L'intersyndicale juge indispensable la dotation permanente d'un aéronef de sécurité civile, estimant que le renfort saisonnier du Dash, mobilisé après le 15 septembre, n'est pas une solution pérenne. Le coût de cet investissement reste à chiffrer dans toute négociation sérieuse.

Quelle décision financière clé la préfecture devait-elle trancher à l'issue de la rencontre avec la délégation syndicale ?

La préfecture devait déterminer si La Réunion obtiendrait un financement ad hoc tenant compte de son isolement géographique, ou si elle continuerait d'être évaluée selon des critères pensés pour un territoire connecté à ses voisins, ce qui conditionne l'engagement de crédits supplémentaires pour le SDIS.

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