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La Réunion mobilise ses fonds propres pour cartographier les risques hydriques face au cli
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La Réunion mobilise ses fonds propres pour cartographier les risques hydriques face au cli

La Région Réunion autofinance l'extension d'un projet scientifique pour sécuriser ses actifs hydriques face aux risques climatiques croissants.

La pression financière sur la ressource hydrique de La Réunion s’intensifie

La Région Réunion a choisi de financer sur ses fonds propres une prolongation de douze mois du projet scientifique RISC-RA, initialement porté par le programme européen CLIMAAX. Ce choix d’autofinancement constitue un signal clair: les décideurs publics de l’île reconnaissent désormais que les aléas hydriques représentent un risque économique et infrastructurel suffisamment grave pour justifier un engagement budgétaire direct, sans attendre de cofinancement extérieur.

Le projet RISC-RA associe la Région Réunion, le CNRS/OSU-R, Météo France et le BRGM. Lancé en octobre 2024 pour vingt-deux mois, ses premiers résultats ont été présentés le 20 août au domaine Moca, à Saint-Denis. L’objectif affiché est de produire un atlas des risques climatiques à partir de projections scientifiques, destiné à orienter les politiques publiques locales en matière de gestion de l’eau et d’aménagement du territoire.

Ces travaux s’articulent directement au Schéma d’Aménagement Régional, dit SAR-2050, document stratégique qui gouverne les arbitrages d’investissement à long terme sur l’île. En alimentant ce diagnostic territorial, les données de RISC-RA conditionnent déjà les futures décisions d’allocation de ressources publiques.

Le cadre européen est lui aussi révélateur de l’échelle des enjeux. Le programme CLIMAAX couvre 69 régions européennes et vise à renforcer les capacités d’adaptation en consolidant les connaissances sur les phénomènes extrêmes. La Réunion y figure comme île “sentinelle des impacts du changement climatique”, une désignation qui reflète une exposition structurelle aux cyclones tropicaux, aux fortes pluies, aux crues soudaines, aux glissements de terrain, aux sécheresses et aux vagues de chaleur.

Le coût matériel de cette exposition est désormais documenté. Les cyclones Belal et Garance ont entraîné des destructions d’infrastructures, notamment à Saint-Leu et Saint-Denis lors du passage de Garance en 2025. Le cyclone Gamède, en 2007, avait déjà détruit le pont de la Rivière Saint-Etienne. À ces chocs s’est ajoutée, au début de l’année 2025, une sécheresse et une vague de chaleur qualifiées d’historiques, élargissant le profil de risque au-delà des seuls événements cycloniques.

L’étude identifie deux aléas prioritaires: les précipitations extrêmes et la sécheresse. Les projections indiquent une intensification des deux dans les prochaines décennies. Du côté des précipitations, le relief escarpé des bassins versants amplifie les effets en cascade, inondations, glissements de terrain, destructions d’actifs physiques, avec des conséquences directes sur la valeur et la viabilité des infrastructures territoriales.

La cartographie du risque sécheresse révèle des disparités régionales aux implications opérationnelles très concrètes pour les opérateurs et les gestionnaires d’actifs. La région Nord fait face à une “forte menace actuelle” avec une “aggravation attendue”, imputable au changement climatique et à l’urbanisation. La région Ouest, où les déficits de précipitations constituent le facteur principal, subit déjà ce risque, avec une “forte intensification envisagée”. Sa dépendance aux ouvrages de transfert d’eau et la vulnérabilité des forages à l’intrusion d’eau salée fragilisent structurellement cette zone, et donc les investissements qui y reposent. La région Est, fortement dépendante des eaux de surface, fait face à une “menace déjà modérée” appelée à s’aggraver. La région Sud, soumise à la fois au changement climatique et à la croissance démographique, présente un “risque modéré” dont les impacts futurs sont décrits comme “encore plus forts”. Seuls le centre et les cirques demeurent “peu exposés”, sans évolution majeure attendue.

L’horizon 2050 concentre les inquiétudes les plus directement liées aux enjeux d’investissement public. Selon les projections, la combinaison de l’augmentation des épisodes de sécheresse et de la croissance démographique intensifiera le risque d’insécurité hydrique pour les trois principales agglomérations de l’île: Saint-Denis, Saint-Louis et Saint-Pierre. Pour Patrick Lebreton, premier vice-président de la Région Réunion, la question déborde désormais la seule quantité de ressource disponible. La qualité des eaux s’impose comme un enjeu économique à part entière.

Lebreton, également maire de Saint-Joseph, plaide pour une action anticipatrice et coordonnée entre les vingt-quatre communes de l’île, en intégrant les intercommunalités. Cette architecture de gouvernance conditionne directement l’efficacité des futurs investissements en gestion de l’eau et, par extension, la capacité du territoire à sécuriser ses actifs hydriques face aux décennies à venir.

La prolongation de douze mois financée sur les fonds régionaux vise à “transformer les acquis scientifiques en leviers opérationnels pour le territoire”, selon les termes retenus par les porteurs du projet. La vraie question, celle qui intéresse les opérateurs et les investisseurs publics, est de savoir à quelle vitesse ces diagnostics se traduiront en décisions d’investissement structurant, alors que les projections climatiques, elles, n’attendent pas.

Questions-réponses

Pourquoi la Région Réunion a-t-elle choisi de financer RISC-RA sur ses fonds propres plutôt que d'attendre un cofinancement extérieur?

Les décideurs publics de l'île considèrent que les aléas hydriques représentent un risque économique et infrastructurel suffisamment grave pour justifier un engagement budgétaire direct et immédiat, sans dépendre d'un cofinancement externe.

Quels opérateurs et gestionnaires d'actifs sont les plus exposés selon la cartographie du risque sécheresse?

Les opérateurs de la région Ouest sont particulièrement vulnérables en raison de leur dépendance aux ouvrages de transfert d'eau et de la fragilité des forages face à l'intrusion d'eau salée. La région Nord fait face à une forte menace actuelle aggravée par l'urbanisation, et la région Est, dépendante des eaux de surface, voit sa menace s'intensifier.

Comment les résultats de RISC-RA s'articulent-ils avec les décisions d'investissement public à long terme?

Les données de RISC-RA alimentent le Schéma d'Aménagement Régional SAR-2050, document stratégique qui gouverne les arbitrages d'investissement à long terme sur l'île, conditionnant ainsi directement les futures décisions d'allocation de ressources publiques.

Quels sont les deux aléas prioritaires identifiés et quelles sont leurs implications pour les infrastructures?

L'étude identifie les précipitations extrêmes et la sécheresse comme aléas prioritaires, tous deux appelés à s'intensifier. Les précipitations extrêmes provoquent des effets en cascade (inondations, glissements de terrain, destructions d'actifs physiques) affectant la valeur et la viabilité des infrastructures; la sécheresse menace la sécurité hydrique des principales agglomérations et fragilise les investissements dans les zones à risque.

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