Madagascar : des drones de l'ONU en première ligne contre la double épidémie du sud-est
Un dispositif logistique aérien compense l'enclavement d'un district privé d'infrastructures sanitaires
Madagascar : trois drones, 26 vols en dix jours, et un dispositif d’urgence né du déficit d’infrastructures sanitaires dans le sud-est du pays
Trois drones exploités par le Fonds des Nations unies pour la population parcourent en une heure la distance qui sépare le chef-lieu du district d’Ifanadiana des localités touchées par une double épidémie de rougeole et de paludisme. Vingt-six vols ont déjà été réalisés en dix jours, et d’autres sont programmés cette semaine. Ce chiffre résume, à lui seul, l’enjeu qui structure la crise dans cette zone très enclavée du sud-est malgache : celui de l’acheminement des moyens, bien avant celui des seules statistiques sanitaires.
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L’épidémie a coûté la vie à 37 enfants depuis août, selon le ministère de la Santé publique, qui a publié ce bilan il y a quelques jours. Une forte proportion des victimes avaient moins de 5 ans. La majorité sont décédés chez eux, certains souffrant de malnutrition et n’ayant jamais été vaccinés, précise le ministère. Face à ce bilan, la riposte officielle s’est concrétisée le 18 septembre par l’envoi de 34 techniciens chargés du dépistage, de la vaccination et des soins, selon la direction de la médecine préventive.
Le déploiement est-il arrivé à temps ? Le député du district, Haja Dinah, en doute. « J’ai compris ce qu’il se passait le 9 septembre. J’en ai avisé le ministère de la Santé, mais dans un premier temps personne n’a voulu y croire », affirme l’élu, qui parle d’un accès à la santé publique « déplorable » et d’un gouvernement « irresponsable ». Il chiffre lui-même la contrainte logistique : l’épicentre de l’épidémie se situe à 145 kilomètres de l’hôpital le plus proche, à Ifanadiana. « Il faut un jour et demi de marche puis deux jours de tracteur pour y arriver ! », précise-t-il. Pour le député, l’enclavement ne justifie rien : « Il ne doit pas être une excuse pour fuir ses responsabilités. » Il reconnaît en revanche l’apport des ONG, qui « font de leur mieux » pour épauler les habitants malgré ces contraintes.
C’est sur ce terrain précis, celui de l’acheminement, que le dispositif de drones prend tout son sens. Mis en place début 2025 dans la région, il fonctionne comme une réponse opérationnelle à un déficit structurel d’infrastructures. Le chef-pilote Radoniaina Ratovondriaka détaille la nature des cargaisons livrées : « On a envoyé des sérums, des vaccins, des intrants contre le paludisme. On a même envoyé des équipements informatiques tels que des Starlink ou des powerbanks par drones pour pouvoir assurer le bon fonctionnement du centre de santé d’Ampasinambo. » Chaque colis est largué par parachute ; un agent de santé, prévenu de l’heure d’arrivée, se tient prêt à le réceptionner sur place.
« Le ministère de la Santé est satisfait de leur impact : nous pouvons envoyer très rapidement les intrants urgents », ajoute le pilote. Le ministère indique par ailleurs que la situation est désormais « totalement maîtrisée ». Le contraste est net entre le temps de la logistique aérienne (une heure) et celui de la logistique terrestre (plusieurs jours), un écart qui a directement conditionné la vitesse de la réponse sanitaire dans les premières semaines de la crise.
Reste une question, posée par le député lui-même : que se passera-t-il une fois l’épidémie endiguée ? L’accès aux soins et aux médicaments tiendra-t-il dans la durée, dans un district où l’éloignement des structures de santé continue de peser sur chaque épisode sanitaire, drones ou pas ?
Questions-réponses
Quel bilan l'épidémie a-t-elle fait dans le sud-est de Madagascar ?
Selon le ministère de la Santé publique, l'épidémie de rougeole et de paludisme a coûté la vie à 37 enfants depuis août. Une forte proportion des victimes avaient moins de 5 ans, la majorité sont décédées chez elles, certaines souffrant de malnutrition et n'ayant jamais été vaccinées.
Comment fonctionne le dispositif de drones mis en place dans la région ?
Trois drones exploités par le Fonds des Nations unies pour la population relient le chef-lieu du district d'Ifanadiana aux localités touchées en une heure. Les colis, largués par parachute, contiennent des sérums, des vaccins, des intrants contre le paludisme, ainsi que des équipements informatiques comme des Starlink et des powerbanks. Un agent de santé prévenu de l'heure d'arrivée réceptionne chaque livraison.
Quelles critiques le député Haja Dinah adresse-t-il aux autorités ?
Alerté le 9 septembre, il affirme que personne n'a d'abord voulu croire à la situation. Il qualifie l'accès à la santé publique de déplorable et le gouvernement d'irresponsible, tout en soulignant que l'épicentre se trouve à 145 kilomètres de l'hôpital le plus proche, à Ifanadiana, ce qui exige un jour et demi de marche puis deux jours de tracteur. Il reconnaît néanmoins l'apport des ONG.
Quelle est la situation actuelle selon le ministère de la Santé ?
Le ministère indique que la situation est désormais totalement maîtrisée et se dit satisfait de l'impact des drones, qui permettent d'envoyer très rapidement les intrants urgents. La question de l'accès durable aux soins et aux médicaments après l'endiguement de l'épidémie reste toutefois posée.