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BCE : Francfort décide jeudi, Lagarde confirme son départ
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BCE : Francfort décide jeudi, Lagarde confirme son départ

Francfort tranche jeudi sur les taux tandis que la gouvernance de la BCE se redessine

La Banque centrale européenne se réunit jeudi à Francfort, ses opérateurs attendus sur une décision qui devrait marquer une pause dans le cycle de resserrement des taux. Quelques heures avant le verdict, la présidente Christine Lagarde a confirmé, après des mois de spéculations, son départ anticipé dès février, ce qui redessine le calendrier de gouvernance de la principale autorité monétaire de la zone euro.

Sur le terrain opérationnel, l’institution doit trancher entre deux lectures. George Moran, stratège macroéconomique européen chez RBC, indique que sa banque s’attend à ce que la BCE maintienne ses taux à 2,50 %, avec une dernière hausse à 2,75 % en décembre. Les marchés monétaires, eux, anticipent jusqu’à trois hausses supplémentaires. L’écart est notable entre le scénario des analystes et celui des opérateurs. « L’élargissement des écarts de rendement des obligations souveraines, en particulier pour la France, donne à la BCE une marge de manœuvre pour éviter un resserrement monétaire plus agressif », a expliqué M. Moran, malgré la récente flambée des prix de l’énergie.

Le principal indicateur des tensions françaises, l’écart de rendement entre les obligations d’État françaises et les Bunds allemands notés AAA, s’établissait jeudi à 153,50 points de base. Il avait atteint la semaine précédente son plus haut niveau depuis près de quinze ans, à près de 178 points de base.

Entre-temps, le départ de Lagarde en février ouvre une fenêtre institutionnelle : le président français Emmanuel Macron et d’autres dirigeants de l’Union européenne pourront pourvoir l’un des postes économiques les plus influents de l’Union avant les élections présidentielles françaises du printemps. Les sondages laissent présager une victoire de la candidate d’extrême droite Marine Le Pen lors de ce scrutin. « Je suppose que cela s’explique par les élections françaises », a commenté Carl Hammer, responsable de l’allocation d’actifs chez SEB Investment Management. « Il est clair que la politique joue un rôle de plus en plus important pour les banques centrales. »

Autre chantier lourd, celui des infrastructures d’intelligence artificielle, dont les coûts d’exécution pèsent désormais directement sur les résultats des entreprises. Alphabet reculait de 10,5 % en pré-ouverture après avoir annoncé des résultats décevants dans son activité principale de recherche et une accélération massive de sa consommation de trésorerie, liée aux investissements considérables consacrés au développement de l’IA. Cette dépense devait faire perdre près de 400 milliards de dollars à son action dans la journée. Le contrôle de ces programmes se poursuivra jeudi soir, Intel et Amazon devant publier leurs résultats après la clôture des marchés américains.

En Asie, la nuit a été marquée par des fluctuations. L’indice MSCI le plus large des actions de la région Asie-Pacifique hors Japon a reculé de près de 0,5 %, tandis que le Nikkei japonais clôturait en hausse de plus de 1 %. Le véritable test est venu des résultats : Samsung a annoncé une nouvelle série de résultats records portée par la demande en plein essor pour ses puces mémoire, mais est resté muet sur ses projets visant à augmenter les rendements, ce qui a fait chuter son action de 4 % et pesé sur l’indice sud-coréen KOSPI, en repli de 1,2 % après avoir bondi de près de 7 % la veille. Une autre valeur phare du secteur, SK Hynix, a poursuivi sa progression, son projet de redistribuer environ 75 milliards de dollars aux actionnaires cette année portant son gain sur deux jours à plus de 15 %.

M. Hammer, de SEB, a ajouté que la hausse des coûts de développement de l’IA rendait les perspectives « nettement plus difficiles » pour les gestionnaires d’actifs, après plusieurs années de hausse boursière. « Nous conservons pour l’instant une vision constructive sur les actions, mais la situation se complique. La majeure partie des risques dans les portefeuilles est liée au cycle des infrastructures d’IA. »

Du côté américain, la Réserve fédérale avait maintenu ses taux inchangés mercredi, son président Kevin Warsh adoptant ensuite un ton plus confiant quant aux perspectives d’inflation, ce qui avait entraîné une accentuation de la courbe des taux des bons du Trésor. Le rendement des bons à 2 ans a reculé d’environ 5 points de base pendant la nuit, à 4,68 %. Les marchés anticipent toujours à 80 % une hausse des taux en décembre. La journée verra également la publication des dépenses de consommation des ménages américains, l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed, ainsi que des données sur le PIB du troisième trimestre, avec une inflation PCE sous-jacente attendue en hausse de 0,3 % sur un mois, contre 0,2 % le mois précédent.

Sur les changes, le dollar est resté stable face à ses principales devises après avoir reculé de 0,2 % mercredi. Dans l’attente de la décision de la BCE, l’euro oscillait autour de 1,1145 dollar, après avoir perdu près de 2 % ce mois-ci face au dollar et 2,5 % face à la livre sterling. Les données montrent que les investisseurs ont constitué leur plus importante position courte sur l’euro depuis dix ans, d’une valeur actuelle de près de 19 milliards de dollars.

Enfin, sur les matières premières, les contrats à terme sur le Brent ont reculé de 1 % à 114 dollars le baril, après qu’un rapport du Wall Street Journal a révélé que le vice-président américain JD Vance avait adressé une lettre au chef du Conseil de sécurité iranien, Mohsen Rezaei, dans le but de relancer les négociations de paix. Les médiateurs qatariens ont également présenté à l’Iran un nouveau projet d’accord visant à mettre fin à la guerre, selon un responsable au courant des négociations, bien qu’un haut responsable iranien ait rejeté ces propositions, les jugeant inacceptables et estimant qu’elles ne constituaient pas une offre. Reste à savoir si la décision de Francfort confirmera la pause attendue ou rouvrira le débat sur un resserrement supplémentaire.

Questions-réponses

Quelle décision la BCE doit-elle prendre jeudi à Francfort ?

La BCE doit trancher entre deux lectures : RBC s'attend à un maintien des taux à 2,50 %, avec une dernière hausse à 2,75 % en décembre, tandis que les marchés monétaires anticipent jusqu'à trois hausses supplémentaires.

Pourquoi le départ de Christine Lagarde est-il significatif sur le plan institutionnel ?

Son départ anticipé en février ouvre une fenêtre permettant à Emmanuel Macron et d'autres dirigeants de l'Union européenne de pourvoir l'un des postes économiques les plus influents de l'Union avant les élections présidentielles françaises du printemps.

Quel est l'état de l'écart de rendement entre les obligations françaises et les Bunds allemands ?

Il s'établissait jeudi à 153,50 points de base, après avoir atteint la semaine précédente son plus haut niveau depuis près de quinze ans, à près de 178 points de base.

Comment les coûts des infrastructures d'IA affectent-ils les entreprises ?

Alphabet a reculé de 10,5 % en pré-ouverture après des résultats décevants et une accélération massive de sa consommation de trésorerie liée à ses investissements dans l'IA, une dépense devant faire perdre près de 400 milliards de dollars à son action. Samsung a chuté de 4 % après être resté muet sur ses projets d'augmentation des rendements.