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Diego Garcia: le Royaume-Uni paiera 101 millions de livres par an pendant 99 ans
Politique & Gouvernance

Diego Garcia: le Royaume-Uni paiera 101 millions de livres par an pendant 99 ans

Un bail stratégique de 99 ans sur la base de Diego Garcia, suspendu après la contestation américaine

Cent un millions de livres par an (120 millions d’euros), sur 99 ans: c’est le prix fixé par Londres pour conserver l’usage de la base de Diego Garcia. Ce chiffre, au cœur de l’accord de restitution des Chagos, résume à lui seul l’ampleur de l’engagement budgétaire pris par le Royaume-Uni, et le risque politique qui pèse désormais sur ce contrat de long terme.

Le ministre britannique de la Défense, Wes Streeting, l’a reconnu mercredi sur la BBC: “l’accord, dans sa forme actuelle, ne peut pas aller de l’avant sans le soutien des Etats-Unis”. Il a ajouté qu’il fallait “parvenir à un accord qui bénéficie à la fois du soutien américain, de l’aval du gouvernement mauricien et de celui de notre propre gouvernement”. Trois signatures, donc, pour un même contrat, ce qui complique mécaniquement toute renégociation.

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Le texte avait été signé en mai 2025 par Londres, au terme de plusieurs années de négociations. Il a ensuite été suspendu en avril 2026, après avoir été dénoncé par Donald Trump. Le président américain l’a de nouveau qualifié de “terrible” mardi, lors de sa première rencontre avec le premier ministre britannique Andy Burnham, en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York. Pour Whitehall, l’enjeu dépasse la diplomatie: il s’agit de sécuriser l’accès à un actif dont la valeur opérationnelle s’est vérifiée à chaque conflit majeur des dernières décennies.

Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos, est exploitée conjointement par Washington et Londres. Elle a servi de plateforme lors des deux guerres américaines en Irak (1990-1991, puis 2003-2011), puis pour lancer des bombardiers B-2 contre les rebelles houthis du Yémen. C’est précisément cet usage militaire qui cristallise le malaise américain: Donald Trump a reproché au prédécesseur d’Andy Burnham, Keir Starmer, d’avoir refusé que des bombardiers américains décollent de la base pour frapper l’Iran, au début de la guerre contre ce pays en février-mars.

Trois parties, trois intérêts distincts. Washington veut des garanties sur l’usage militaire de l’île. Port-Louis attend la restitution effective de l’archipel, avec les flux financiers qui l’accompagnent. Londres, de son côté, cherche un arrangement qui ne fragilise ni sa relation transatlantique ni sa position internationale. Andy Burnham a résumé la difficulté mardi, devant la presse, après son entretien avec Donald Trump: “nous devons trouver un compromis entre les différentes parties et nous travaillons dur pour y parvenir”.

Sur le plan financier, la mécanique initiale ressemble à un bail de très long terme sur une infrastructure stratégique: loyer annuel fixe, engagement budgétaire étalé sur près d’un siècle, contrepartie opérationnelle garantie. C’est ce dernier point que Washington remet en cause. Or un bail n’a de valeur que si le partenaire qui contrôle l’actif en accepte les termes. La remise en question américaine introduit ainsi un risque politique nouveau sur un engagement pourtant déjà acté par Londres, et laisse Port-Louis dans l’incertitude quant au calendrier et au montant des versements attendus.

Keir Starmer, au moment de la signature l’an dernier, avait insisté sur l’absence d‘“autre alternative” à ce texte. L’argument soulignait le manque d’options viables pour Londres, après la contestation de sa souveraineté sur l’archipel. Pour mémoire: le Royaume-Uni avait conservé le contrôle des îles Chagos lorsque Maurice a obtenu son indépendance, en 1968.

La suite dépendra de la capacité du gouvernement Burnham à convaincre la Maison Blanche qu’une version restructurée de l’accord protège les intérêts opérationnels américains. Reste une question simple pour les trois capitales concernées: combien de temps un bail de 99 ans peut-il tenir, si l’une des parties qui en bénéficie refuse d’en garantir l’exécution.

Questions-réponses

Quel est le montant et la durée de l'engagement financier du Royaume-Uni pour Diego Garcia?

Londres paiera 101 millions de livres par an (120 millions d'euros) pendant 99 ans pour conserver l'usage de la base de Diego Garcia.

Pourquoi l'accord a-t-il été suspendu?

Signé en mai 2025, le texte a été suspendu en avril 2026 après avoir été dénoncé par Donald Trump, qui l'a de nouveau qualifié de terrible lors de sa rencontre avec Andy Burnham en marge de l'assemblée générale de l'ONU.

Quelles sont les trois conditions posées par Wes Streeting pour que l'accord avance?

Selon le ministre britannique de la Défense, l'accord doit bénéficier du soutien américain, de l'aval du gouvernement mauricien et de celui du gouvernement britannique.

Quels intérêts distincts les trois parties poursuivent-elles?

Washington veut des garanties sur l'usage militaire de l'île, Port-Louis attend la restitution effective de l'archipel avec les flux financiers associés, et Londres cherche un arrangement qui ne fragilise ni sa relation transatlantique ni sa position internationale.