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Bruxelles, financeuse clé de la santé reproductive en Europe
Politique & Gouvernance

Bruxelles, financeuse clé de la santé reproductive en Europe

Budget européen, pesticides : l'arbitrage qui décidera de la santé reproductive.

Bruxelles tient la clé du financement de la santé reproductive. Dans une tribune, les députés européens Marie Toussaint et Christophe Clergeau rappellent un principe simple face aux slogans de « réarmement démographique » : chacun doit rester libre d’avoir ou non des enfants, et le rôle de l’État consiste à garantir les conditions économiques et sanitaires de ce choix. Sécurité économique, services publics de qualité, environnement sain : autant d’investissements collectifs qui déterminent concrètement la capacité d’une société à protéger sa santé reproductive.

Le coût de l’inaction se mesure d’abord en décisions budgétaires. Or la Commission européenne, sous couvert de « simplification », multiplie les paquets législatifs dits « omnibus » qui modifient plusieurs textes à la fois, sans véritables études d’impact, et démantèlent certains des acquis environnementaux et sanitaires les plus fondamentaux de l’Union. Parmi les propositions les plus alarmantes figurent des autorisations de pesticides sans limite de durée, ou la possibilité de réintroduire dans les cosmétiques des substances cancérigènes et toxiques pour la reproduction. Pour les auteurs de la tribune, cette offensive de dérégulation, sans précédent, doit être combattue avec détermination au nom de la santé des citoyens, y compris sexuelle et reproductive.

C’est en effet à Bruxelles que se règle la réglementation des substances dangereuses pour la santé reproductive : c’est là que se décide ce qui peut être utilisé dans les champs, dans les produits du quotidien et dans les cosmétiques. L’Union a également le pouvoir de changer ce qui se trouve dans l’assiette de millions d’enfants. Les élus plaident pour réorienter la politique agricole commune vers l’agroécologie, accompagner les agriculteurs dans la sortie des pesticides et fixer des objectifs de produits bio et locaux dans les marchés publics, notamment pour les cantines scolaires et les crèches.

Le financement constitue un autre levier majeur. Par l’intermédiaire du budget européen actuel et du prochain, encore en négociation, les États peuvent soutenir des mesures similaires aux ordonnances vertes. Mais un risque se dessine : la Commission souhaite noyer le budget européen alloué à la santé dans un fonds de compétitivité, subordonnant ainsi la santé à des objectifs économiques. Les co-signataires s’engagent à se battre pour une stratégie européenne de prévention, pour le maintien d’un budget de santé autonome et pour des mesures garantissant à toutes et tous l’accès à une alimentation saine et de qualité.

Les ordonnances vertes, initiatives venues du terrain, sont saluées, comme toutes les démarches d’auto-organisation. Mais, notent les auteurs, ce besoin d’organisation par la base traduit des décennies d’inaction publique. Ces ordonnances restent un outil parmi d’autres et ne sauraient se substituer à des politiques publiques à la hauteur de l’urgence.

L’argument économique rejoint ici un argument de santé publique. Les mille premiers jours de vie constituent une fenêtre décisive pour le développement de l’enfant, mais la vulnérabilité de la santé reproductive commence bien avant la conception et se prolonge tout au long de la vie. La puberté, période charnière, conditionne la santé reproductive à l’âge adulte. Agir suppose donc de dépasser le seul périmètre de la grossesse et de faire de la prévention une priorité transversale de toutes les politiques publiques. Les députés défendent une approche globale fondée sur l’exposome, c’est-à-dire la somme des expositions environnementales et sociales cumulées tout au long de la vie, ce qui implique l’interdiction des perturbateurs endocriniens et la sortie des pesticides nocifs.

La ligne d’arrivée tient en une phrase : pouvoir choisir d’avoir un enfant sans mettre en danger sa propre santé ni celle de l’enfant à naître. Pour y parvenir, l’arbitrage n’est pas seulement moral ou médical ; il est budgétaire et réglementaire, et il se jouera dans les négociations en cours à Bruxelles. La question ouverte : le prochain budget européen fera-t-il de la santé un investissement ou une variable d’ajustement ?

Questions-réponses

Pourquoi les députés considèrent-ils Bruxelles comme l'acteur clé du financement de la santé reproductive ?

Parce que c'est à Bruxelles que se règle la réglementation des substances dangereuses pour la santé reproductive (pesticides, produits du quotidien, cosmétiques) et que le budget européen, actuel et futur, peut financer des mesures de prévention et d'accès à une alimentation saine.

Quel risque budgétaire majeur est évoqué dans la tribune ?

La Commission européenne souhaite noyer le budget alloué à la santé dans un fonds de compétitivité, subordonnant ainsi la santé à des objectifs économiques ; les co-signataires veulent défendre un budget de santé autonome.

Que critiquent les élus dans les paquets législatifs dits « omnibus » ?

Présentés comme une « simplification », ils modifient plusieurs textes à la fois sans véritables études d'impact et démantèlent des acquis environnementaux et sanitaires fondamentaux, comme des autorisations de pesticides sans limite de durée ou la réintroduction possible de substances toxiques dans les cosmétiques.

Quelles mesures agricoles et alimentaires les députés proposent-ils ?

Réorienter la politique agricole commune vers l'agroécologie, accompagner les agriculteurs dans la sortie des pesticides et fixer des objectifs de produits bio et locaux dans les marchés publics, notamment pour les cantines scolaires et les crèches.

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