Gaz lacrymogène : l'adjoint au maire de Saint-Denis porte plainte
Un élu de Saint-Denis dit avoir été gazé au visage en tentant d'apaiser un pillage
Landry Ngang n’oubliera pas la soirée du dimanche 18 octobre. Cet adjoint au maire de Saint-Denis, en charge des finances et des partenariats publics auprès du médiatique Bally Bagayoko, affirme avoir été aspergé de gaz lacrymogène au visage par un policier, à proximité d’un magasin de vêtements de sport alors victime d’un pillage. Il a déposé plainte mardi auprès du parquet de Bobigny et de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour “violences volontaires commises par une personne dépositaire de l’autorité publique avec usage d’une arme sur personne dépositaire de l’autorité publique”.
L’affaire a pris une dimension officielle ce jeudi 29 octobre. Le parquet de Bobigny a confirmé l’ouverture d’une enquête, confiée à l’IGPN, la “police des polices”, sans préciser son motif. L’information a été rapportée notamment par BFM, dont l’article est accessible à cette adresse : https://www.bfmtv.com/police-justice/une-enquete-ouverte-par-l-igpn-apres-des-accusations-de-violences-policieres-contre-un-elu-lfi_AD-202610300249.html
Selon la version de l’élu, il s’était rendu dans la soirée du 18 octobre, en pleine fin de week-end de manifestations émaillées de violences, aux abords du magasin pillé. Muni de sa carte d’élu, il affirme être resté sur place pour tenter d’apaiser la situation en demandant aux jeunes de partir, et pour observer l’intervention de la police. De son point de vue, il ne gênait en rien l’action des forces de l’ordre.
Son avocat, Pierre Brunisso, a fait valoir mardi dans un communiqué que son client, “alors qu’il a, à de nombreuses reprises et à voix haute, décliné sa qualité d’adjoint au maire, est poussé par un fonctionnaire de police, puis aspergé à bout portant de gaz lacrymogène au visage par un second fonctionnaire de manière illégitime”.
Entre-temps, une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, prise depuis l’étage d’un immeuble de Saint-Denis, donne un autre éclairage sur la scène. On y entend l’élu crier “je suis adjoint au maire” avant d’être aspergé de gaz lacrymogène en bombe à proximité du visage. Une voix semble également dire “Nique-le!”, un détail que Landry Ngang relève dans ses plaintes, que l’AFP a pu consulter.
Pour l’édile insoumis, l’expérience a été brutale. Un élu local, venu pacifier une situation tendue, se retrouve projeté au sol puis gazé au visage alors qu’il s’identifie à voix haute. Les faits qu’il dénonce touchent au cœur de ce qu’un représentant public peut légitimement attendre d’une intervention policière, même dans un contexte de pillage et de tensions.
L’affaire s’inscrit dans un contexte plus large. Au 29 octobre, 105 enquêtes avaient été ouvertes auprès de l’IGPN concernant les manifestations lycéennes et celles des deux derniers week-ends des 17 et 24 octobre, selon une source proche du dossier. Un chiffre qui illustre l’ampleur des contrôles engagés sur l’action des forces de l’ordre durant ces journées de mobilisation.
L’enquête devra établir les circonstances exactes de l’intervention du 18 octobre et déterminer si l’usage du gaz lacrymogène à bout portant contre un élu qui s’identifiait était justifié. Pour Landry Ngang, comme pour les habitants de Saint-Denis qui ont vu ces images circuler, l’enjeu dépasse le seul cas personnel : il porte sur la manière dont les interventions policières se déroulent face à ceux qui tentent, sur le terrain, d’apaiser les tensions.
Questions-réponses
Que reproche Landry Ngang aux policiers ?
Il affirme avoir été poussé par un fonctionnaire de police puis aspergé à bout portant de gaz lacrymogène au visage par un second fonctionnaire, alors qu'il déclinait à plusieurs reprises, à voix haute, sa qualité d'adjoint au maire de Saint-Denis.
Où la plainte a-t-elle été déposée et quels motifs sont invoqués ?
La plainte a été déposée mardi auprès du parquet de Bobigny et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour « violences volontaires commises par une personne dépositaire de l'autorité publique avec usage d'une arme sur personne dépositaire de l'autorité publique ».
Comment la justice a-t-elle réagi ?
Jeudi 29 octobre, le parquet de Bobigny a confirmé l'ouverture d'une enquête confiée à l'IGPN, la « police des polices », sans préciser son motif.
Quels éléments soutiennent la version de l'élu ?
Une vidéo prise depuis l'étage d'un immeuble de Saint-Denis montre qu'il criait « je suis adjoint au maire » avant d'être aspergé de gaz lacrymogène en bombe près du visage, et une voix semble y prononcer « Nique-le! », un détail qu'il relève dans ses plaintes consultées par l'AFP.